ARCHIVES MENSUELLES: février 2018

Suzon


Il porte de grandes lunettes rondes. Une longue barbe et des cheveux blancs encadrent son visage. Son regard est doux et sa poignée de main chaleureuse. Partout, dans son salon, sur les murs, sur les meubles, à même le sol, des sculptures, des tableaux, des figurines. Il s’assied sur un fauteuil fatigué et commence à parler de son art et de la résine de polyester, « un matériau que j’utilise depuis cinquante ans maintenant et que j’ai appris à discipliner au fil du temps ». Puis il se lève et, cheval ailé à la main, il explique comment il travaille,
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Là où le vent s’arrête…


Ce pourrait être un titre de film ou le début d’une histoire… Ou simplement des mots posés les uns à la suite des autres, sans ordre réfléchi, ni intention particulière. Des mots sortis de nulle part qui se posent, soudain, transformant la vibration du moment en douceur… Des mots qui ont choisi de venir là, à ce moment précis, de s’associer pour dégager des harmoniques subtiles, difficilement perceptibles au premier abord, mais pourtant prégnantes… Là où s’arrête le vent commence peut-être l’aventure… Mais ces mots-là ne sont pas encore sortis de leur silence. Ils attendent le moment opportun pour former
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Un lundi sur la terre


Chaque lundi, même rituel. Préparation des sacs, un pour les équipements, un pour les vêtements, et élaboration de l’itinéraire vers la commune, totalement inconnue, du jour. Puis, nomadisme oblige, l’idée de constituer une « trousse de secours », ou plutôt une « trousse de survie ». Pas de pansements ou de médicaments dans cette boîte, mais des couverts (manger avec les doigts, ce n’est pas le plus pratique…), un tire-bouchon (au cas où l’occasion de partager un verre avec quelqu’un se présenterait…), un ouvre-huître (même si là où je vais, je tombe plus sur des huiles que sur des huîtres
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« Haut les cœurs !


Il cherchait depuis si longtemps… A cœur perdu même! Comme tout le monde, il avait cru que l’Amour se présenterait à lui comme ça, par hasard, au détour du chemin. Le cœur au ventre, il l’avait attendu. Patiemment, obstinément. Il avait mis du cœur à l’ouvrage, mais sans grand succès. Puis, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, il s’était résolu à l’amour sans grand A. Le cœur sur la main, il avait renoncé à cette partie de lui-même qui demandait plus. Etait arrivé ce qui devait arriver. L’amour s’en était allé voir ailleurs et lui avait fendu le cœur. Alors,
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Le monde


« J’ai appris, dit le Petit Prince, que le Monde est le miroir de mon Âme…
Quand elle est enjouée, le Monde lui semble gai
Quand elle est accablée, le Monde lui semble triste
Le Monde, lui, n’est ni triste ni gai.
Il est là, c’est tout
Ce n’était pas le Monde qui me troublait, mais l’Idée que
je m’en faisais…
J’ai appris à accepter sans
le Juger, totalement, inconditionnellement… » Antoine de Saint-Exupéry.
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Le trou de serrure


Je m’baladais dans la rue, le cœur ouvert à l’inconnu,
J’avais envie de découvrir tout c’que la vie peut offrir
Et j’suis tombée sur c’petit trou, ce petit trou de serrure
Il suffisait de regarder pour se projeter

Aux Champs-Elysées, aux Champs-Elysées
Au soleil, sous la pluie, à midi ou à minuit
Il y a tout ce que vous voulez aux Champs-Elysées

Je m’suis dit « il est grand temps d’faire des folies le cœur battant
Sans m’demander si c’est sérieux, ou bien injurieux
Alors je m’suis faufilée dans c’p’tit trou et j’ai volé
Et j’ai vibré de mes rêves … Lire la suite

Le vieux monsieur


Il pleut ce matin-là. Un crachin tenace que le vent transforme en petites rafales. Il ne fait pas froid, mais l’humidité s’immisce partout. Tout est gris. Le ciel, les maisons, même le visage de gens qui s’enfoncent dans leurs manteaux pour tenter d’échapper aux gouttes et qui foncent, tête baissée, pressés de se mettre à l’abri. Personne ne regarde personne. Les regards ne fuient pas, ils se limitent à l’objectif du moment : rejoindre la voiture ou la maison qui permettra de ne pas trop se mouiller. Au bout de la rue, une maison. La seule dont les volets soient
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Femme


Cette femme offerte au ciel, que célèbre-t-elle ? Peut-être juste sa féminité (re)trouvée… Peut-être juste sa féminité acceptée… Il est parfois si difficile de comprendre qui l’on est, si difficile de devenir soi… Petite âme qui a choisi un jour le ventre de sa maman biologique, le foyer où elle devra grandir, qui se prépare au monde en se confrontant à ses bruits assourdis. Petite âme qui se matérialise en corps et qui, après un cheminement intérieur connu d’elle-seule, sort de ce cocon protecteur en criant de froid et de peur. Puis vient la vie de ce petit corps fragile,
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« Le temps suspendu


Il est des mots qu’il faut serrer
Entre note et flutée et doigt de fée.
Il est des nuits
Irisées d’infini.
Il est des lieux de silence,
Des maisons de belle aubaine.
Il est des paysages au temps suspendu,
Des mots pelés,
Des rochers gravés,
Des rivières cuivrées,
Où plane le cri piquant de la beauté. »
Rolande Causse
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Le rêve


Arrêtée à un stop, une 4L, ma voiture fétiche car symbole d’aventure, de liberté et de folie douce. Peint sur la carrosserie, le désert. Le désert bleu du Sahara central. Et, en osmose avec ce désert, indissociable de ce désert, le visage d’un touareg, enveloppé dans son chèche qui, dit-on, le protège du sable et du vent, mais lui permet aussi de dissimuler ses émotions. Un visage et surtout un regard qui me transperce. Je ne suis plus dans ce petit village des Pyrénées orientales, un jour de ciel grisâtre, attendant que le feu passe au vert. Je suis dans
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La vague


Elle arrive de nulle part, se forme on ne sait comment et disparait dans le sable, aussi vite qu’elle est apparue. Elle n’a que faire des gens qui passent sans même la voir parfois. La vague ne se soucie de rien, elle nait et meurt de façon immuable. Pourtant, la mer, ce matin-là est d’huile. Pas un souffle de vent. Le même gris bleuté dans l’eau et le ciel qui se confondent. La mer semble impassible. Elle vous laisse la regarder de tout votre haut sans même essayer d’attirer votre attention. Elle a pourtant tant de choses à vous dire…
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Le puits de la générosité


C’était un puits comme il en existe tant. Un grand puits en pierre recouvert d’une grille et dont on ne voyait pas le fonds. Il trônait là, dans la cour du château, gardien de la mémoire du lieu. Léa n’osait s’en approcher. Les puits n’invitent guère à la douceur en général. Ils peuplent l’inconscient collectif de mort et d’amours contrariés, parlent d’enfer et de malédiction… Pourquoi celui-ci aurait-il échappé à la règle. Il se dégageait de lui une force un peu oppressante. Mais la curiosité de Léa était toujours plus forte que ses peurs. Elle finit par s’en approcher. Il
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La bulle


C’est une bulle, fragile et délicate comme une perle de pluie. Elle se pose sur les êtres et sur les choses, aspire leur essence, se nourrit de leur histoire pour mieux l’irradier ensuite tout autour d’elle. Elle ne fait pas de bruit, vole ainsi de personne en personne, de lieu en lieu sans jamais se poser la question du temps ou de la raison. Le plus souvent, on ne la voit pas arriver. Elle se fond dans l’environnement qu’elle côtoie, en devient naturellement l’un des éléments. Souvent, l’amour qu’elle met à sa tâche surprend. Parfois, il dérange. Alors, on la
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