Achille


La meilleure façon de découvrir une ville est de marcher au hasard de ses rues, de se laisse guider par ses pas et d’ouvrir grand ses yeux. Me voici donc partie au gré de mes intuitions et des pierres qui m’appellent. Le ciel est dégagé, le soleil haut dans le ciel, la lumière idéale pour des prises de vue. Soudain, je tombe en arrêt devant une devanture. Ses vitres sont recouvertes de fresques qui parlent de carnaval, de rugby, de club de supporters. Il se dégage de cette vitrine un je ne sais quoi de tendre, de doux, de précieux. Je reste campée devant les personnages sans pouvoir en détacher mes yeux. Soudain, une voiture s’arrête derrière moi et un monsieur que j’identifie comme un artisan à son véhicule utilitaire me hèle comme s’il me connaissait depuis toujours. « C’est beau, hein ? » Je me retourne et il continue, la voie nostalgique. « Avant, on entrait dans le restaurant par là. Il y avait une grande salle et on se retrouvait là entre copains pour jouer au loto, faire la fête ensemble. » Nous sommes en plein milieu de la route. Voyant une voiture arriver, je fais le mouvement de me retirer. Il m’arrête aussitôt. « Laissez, il va attendre. » L’automobiliste en question n’attendra pas et finira par nous dépasser, agacé et un brin agressif. L’homme de la voiture n’en a cure. Il veut continuer à raconter. « Quand Achille, le propriétaire, est décédé, on a refusé qu’ils nettoient les vitres. On a trop de souvenirs ici. » Revenu au temps de ses vingt ans, il m’a presque oubliée. Soudain, il me sourit, me salue et redémarre non sans avoir lancé un émouvant « Salut Achille, on ne t’oubliera jamais ! » en direction de l’établissement désormais voué au silence.

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