Avant, on ne jetait rien…


Une petite balade, un matin d’hiver, en montagne… La brume peine à se lever et le soleil tente une timide percée. Le froid est arrivé sans crier gare. En contrebas du chemin, des poiriers impeccablement entretenus. Et juste au bord, un homme sur une échelle qui s’emploie à tailler ses noyers. Bonnet enfoncé jusqu’aux oreilles et sécateur à la main, il parle des arbres qu’il faut préserver du gel. A la question de savoir à quoi servent les murs de pierre érigés un peu partout dans la montagne, il répond : « Autrefois, on faisait des murs pour retenir la terre et pour faire de petites parcelles. Rien ne se perdait. Les murs servaient aussi à délimiter les propriétés. Mon grand-père me disait toujours : quand tu trouves un caillou, ne le jette pas n’importe où, utilise-le pour boucher un trou ou fais un tas pour les murs à venir. Avant, on ne jetait rien. On n’avait pas tout ce qu’on a maintenant, mais on se débrouillait avec ce qu’on avait. » Bernard, c’est son nom, ne semble plus vouloir s’arrêter. Il parle du château qui domine la vallée, « une baronnie je crois, qui employait beaucoup de monde ». « Mon grand-père y a été gardien, ma grand-mère y a travaillé aussi. » Il évoque également l’évolution du monde. Les terres abandonnées au profit des mines, très nombreuses de la région, puis des usines. « On a connu les trente glorieuses. On pouvait tout faire en ce temps-là. On avait tous du liquide dans les poches. Les foires marchaient à fond. On ne déclarait pas tout, mais l’argent repartait dans le circuit, comme une chaîne de vélo. Et puis un jour, les hautes sphères ont voulu contrôler la chaîne et depuis, elle ne tourne plus ! » Des terres sur lesquelles « reviennent les petits-enfants, faute de travail ou de logement ». Il dit aussi que les jeunes d’aujourd’hui, avec les téléphones et Internet, ne sont plus libres », qu’ils n’ont pas « la vie facile ». Puis avant de remonter sur son échelle, il conclut en regardant sa terre : « Vous savez, ma femme et moi, on a pu la garder parce qu’on a fait une multitude choses à côté. Pendant que je travaillais à l’extérieur, elle s’occupait des arbres, de les arroser. Sans elle, ils ne seraient pas là, dans cet état. » La brume ne s’est toujours pas levée et le froid de l’hiver pique les joues et bleuit les mains. Pourtant, dans ce petit hameau de montagne, il a suffi d’un élan réciproque pour briser la glace et d’un échange à bâtons rompus pour donner chaud au cœur. C’est si simple la vie…

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