Brice de Canet


Il est allongé sur le sable, entouré de ses affaires. Rien d’étonnant en ce jour de printemps ensoleillé et peu venté. Un détail m’alerte pourtant. Il ne porte pas de chaussures, mais des chaussettes qui semblent avoir foulé tous les chemins de terre du monde. Un peu plus loin, des ouvriers s’échinent à démonter les vestiges du restaurant de plage dévasté par la dernière tempête. La mer est agitée par un vent de mer qui gonfle les vagues avant qu’elles ne s’écrasent sur le sable dans un bruit de roulis infernal. Je m’assois un peu plus loin et me perd dans la contemplation de l’horizon, là où les âmes sœurs se rejoignent sans aucune considération pour les kilomètres qui les séparent. Un mouvement me sort dans ma rêverie amoureuse. L’homme s’est levé et s’amuse avec un skimboard, une de ces planches en forme d’amande que l’on jette de la plage sur une vague avant de se laisser glisser. Ses mouvements me semblent désordonnés, mais n’étant guère spécialiste de la discipline, je ne me formalise pas. Mais là encore, un détail me met en éveil. Il a gardé ses chaussettes, son pantalon… L’image est assez inhabituelle pour attiser ma curiosité. Mon regard revient à ce que je crois être sa serviette. Une grosse bouteille de sangria est plantée dans le sable, juste à côté d’une grande cannette de bière. Je commence à réaliser. L’homme ne s’est pas aperçu de mon manège. D’ailleurs, il ne s’est pas aperçu de ma présence du tout ! Il tente désespérément de sauter sur la planche qu’il jette de plus en plus brutalement. Soudain, comprenant sans doute que la planche glisse plus vite que lui, il l’enfouit dans le sable et se pose dessus, prenant toutes les attitudes du skimboarder avisé. Un coup de vent coquin vient briser ce bel équilibre et précipite notre Brice de Canet tête la première dans le sable. Il se relève péniblement et abandonne la partie, revenant du même coup à sa chère sangria dans laquelle il vide avec une tendresse non dissimulée… le reste de sa bière. Il repartira un peu plus tard, chaussure à un pied, chaussette à l’autre, tenant vainement d’éviter les coups de vent qui, décidément, en veulent à son équilibre. La vie est un terrain d’observation sans limite…

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