Deviens lion


Le lion est là, au coin d’une rue. La tête figée dans le bronze, le corps enfoui dans le mur. Les hommes l’ont affublé d’un robinet en guise de bouche et l’ont condamné à regarder ce qui se passe sous ses yeux, sans pouvoir bouger. Enfin, c’est ce qu’ils ont cru faire… Quand ils le voient, les enfants appuient sur le robinet rien que pour voir sortir l’eau de sa bouche. Un homme tente soudain de le prendre en photo quand il se met à cracher. Mais lui joue au mutin. Cette bouche, ce n’est pas la sienne. L’image qu’on
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Le journal


7h, un matin d’été, sur la plage ensoleillée… Ce pourrait être le titre d’une chanson… Après des jours et des nuits de canicule, l’air s’est enfin rafraîchi. Un homme, avec une serviette de bain autour du cou pour seul bagage, se dirige vers la mer d’huile, suivi de près par une femme qui, visiblement partage le même désir de baignade. Un couple et un enfant en bas âge leur emboîtent le pas. Sur le front de mer, les commerçants estivaux s’activent à installer leurs stands de robes d’été, paréos, claquettes et autres savons parfumés. La station balnéaire se réveille doucement.
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Il fait chaud, très chaud même depuis quelques jours. Et chacun recherche un peu de fraîCoeur… A Carcassonne, un camion, n’écoutant que son moCoeur, s’est transformé en distribuCoeur de parapluies multicolores non pas pour jouer les perturbaCoeurs, mais plutôt les unificaCoeurs. Spectacle enchanCoeur d’un ciel devenu accroche-coeur. Et d’un camion dont tout le monde moquait la lourCoeur, et qui, plutôt que de se laisser gagner par la ranCoeur, n’écouta que son grand Coeur pour illuminer celui des visiCoeurs du jour. Qui, pourtant, perçut le geste salvaCoeur de ce transmeCoeur de bonCoeur? Seuls quelques spectaCoeurs sans doute, mais qu’importe. Ce camion
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Des mots doux comme un duvet


Ce matin, je vous parlais de plume… Et bien, quand je suis allée me baigner pour la seconde fois ce matin (au passage, quel luxe d’habiter si près de la mer!), un doux duvet est venu jusqu’à moi. Il est arrivé de nulle part et est venu caresser ma main avant de s’éloigner, poussé par le vent et bercé par la mer ruisselante de soleil de soleil… Ce duvet m’a fait penser à une petite anecdote que j’avais presque oubliée tellement elle me semblait anodine… Cette semaine, je pars rencontrer un « sauveur d’abeilles », un bénévole comme il en
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Burn out


Mes mots sont en panne. Ils se sont essoufflés de ma course éperdue. Las d’attendre que je les entende, ils ont stoppé net ma fuite en avant. « Burn out » pronostiquerait tout bon médecin. La course était trop rapide. La fuite trop éperdue. Ils n’arrivaient plus à s’ordonner, à donner du sens là où il n’y avait que l’esprit. Au départ, ils m’ont laissé faire. Fidèles compagnons de mes errances comme de mes inspirations les plus fines. Et soudain, ils ont dit stop. Ils ne voulaient plus être complices de ma cacophonie. Ils ne m’ont pas lâché, ils ne
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La merlette et le yuka


L’arbre n’a plus à offrir que son tronc et ses branches coupées en plein milieu. Les ayatollah de la propreté lui ont coupé ses feuilles pour éviter qu’elles n‘encombrent les cours environnantes. Les oiseaux continuent pourtant de s’y poser. Ils n’y restent pas longtemps, mais ils s’y arrêtent un moment telle cette merlette qui, tournant la tête dans tous les sens, semble avoir entamé un silencieux mais passionné dialogue avec son compagnon du moment. Son silence est d’ailleurs étonnant, tout autant que sa relative agitation. A bien l’y regarder, elle tient en son bec quelque chose qui, de loin, ressemble
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Le livre de philosophie (suite et fin)


La journée se passa tranquillement. Lili resta concentrée sur son travail et n’eut pas une pensée pour l’inconnu et son cahier. Ce n’est qu’une fois rentrée chez elle qu’elle s’y replongea. Mais seulement après avoir pris le temps de nourrir sa chienne et d’avoir pris une douche. Le cahier n’avait pas fini de livrer ses secrets. Elle reprit la lecture là où elle l’avait arrêtée la veille et tomba sur un nouveau numéro de téléphone. Elle le composa aussitôt et attendit, le cœur battant. Une voix se fit soudain attendre.
– Allo?
– Bonjour Madame. Voilà je vous explique. J’ai
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Le livre de philosophie (6)


Le lendemain, le soleil n’était pas encore levé quand elle ouvrit les yeux, mais la douce lumière de l’aube qui pointait son nez au travers des planches disjointes du volet, annonçait son arrivée imminente. Lili s’étira et pensa aux images qui avaient peuplé ses rêves. Il y était question d’un père qui cherchait sa fille… Elle avait été ce père toute la nuit, courant d’un point à un autre, prenant un chemin puis le délaissant au profit d’un autre avec, toujours, le même résultat : une impasse. Elle se leva d’un bond et passa une de ces robes d’été qui,
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Le livre de philosophie (5)

Reprise par ses activités quotidiennes, Lili avait suspendu sa recherche de l’inconnu, mais elle était hantée par cette histoire. Elle s’invitait dans ses pensées au moment où elle s’y attendait le moins. Pendant ses rendez-vous, au volant, en fait dès qu’elle laissait son esprit voguer au gré de ses humeurs. Ce jour-là, elle se hâta de rentrer. Il avait fait une chaleur à faire fondre le plus résistant des glaçons. La petite robe légère enfilée le matin, avait depuis longtemps perdu de sa fraicheur. Habituellement, au retour de son travail, la jeune femme faisait un crochet par la plage, enfilait … Lire la suite

Le livre de philosophie (4)


La première page commençait par un extrait de « L’être et le néant », de Jean-Paul Sartre. L’inconnu l’avait écrit en lettres majuscules, comme pour s’imprégner de chaque mot employé par l’auteur. « Ainsi nous apparaît-il qu’aimer est, dans son essence, le projet de se faire aimer. D’où cette nouvelle contradiction et ce nouveau conflit: chacun des amants est entièrement captif de l’autre en tant qu’il veut se faire aimer par lui à l’exclusion de tout autre ; mais en même temps, chacun exige de l’autre un amour qui ne se réduit nullement au « projet d’être-aimé ». Ce qu’il
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Le livre de philosophie (3)


La journée se passa. Lili avait oublié les livres de philosophie, les lettres, la BD. Le quotidien l’avait aspirée avec son lot de contraintes, de course contre la montre, de tâches à accomplir dans la seconde. Les heures avaient défilé sans qu’elle s’en fût aperçue. Quand elle se posa enfin en sirotant une citronnade maison, le titre du premier livre trouvé sous le buisson lui traversa l’esprit. « Philosophie contemporaine ». Pour conserver un tel livre dans ses bagages, à fortiori des bagages limités au strict minimum, il fallait avoir un certain sens de l’essentiel. Elle réalisa soudain qu’elle avait
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Le livre de philosophie suite


Une fois rentrée chez elle, elle ne put s’enlever de l’esprit ce livre de philosophie abandonné sous un buisson et surtout les lettres manuscrites. Ces morceaux de vie devaient forcément appartenir à quelqu’un, lui être précieux. Elle ne savait ce qui avait pu pousser cette personne à abandonner tout ça à cet endroit, mais elle sentait confusément que ces affaires lui manquaient déjà. Elle décida de retourner là-bas avant d’aller travailler. Il y avait déjà du monde à cette heure, des touristes qui s’apprêtaient à cueillir les rayons d’un soleil particulièrement capricieux cet été là. A proximité, un homme ruisselant
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Le livre de philosophie


Comme tous les matins d’été, la plage a gardé les traces des baigneurs qui, sans vergogne ni conscience aucune, laissent là où ils se sont posés, tous les détritus possibles et inimaginables. Les engins municipaux ont beau passer et repasser, ils peinent à redonner au sable sa propreté originelle. Pourtant, ce matin-là, ce ne sont pas les papiers et autres déchets de restauration rapide qui attirent son attention, mais un livre. Il est debout, comme sorti d’une bibliothèque invisible, à cheval sur le sable et sur une BD de Lucky Luke.. Autour, des cahiers, des lettres manuscrites précieusement conservées dans
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