Deux cœurs sur une pierre


Un petit cimetière de village perdu dans la montagne. Pas de tombes, juste des croix plantées dans des rochers. Et puis deux cœurs posés là, sur une pierre. Le temps a fait disparaître les inscriptions. Ne reste que deux formes, blanchies et polies par les éléments. Deux cœurs appuyés contre un mur, l’un légèrement plus haut que l’autre, comme s’il veillait tendrement sur le second. Deux cœurs, deux êtres unis au-delà du temps et de l’espace. A y regarder de plus près, ils ne sont pas à même le mur mais accrochés à ce qui pourrait s’apparenter à des croix mais qui sont en fait des sculptures. L’une offre aux passants l’image d’un épi de blé fièrement dressé vers le ciel, l’autre celle d’une femme entourée de roses, dont on devine le visage sans le voir vraiment. Fertilité d’un côté, féminité de l’autre. Quelle plus belle illustration que ces deux sculptures qui se complètent sans s’opposer, qui cohabitent sans empiéter l’une sur l’autre. Merveilleuse harmonie des formes et des proportions. Et surtout, aucune tristesse, juste la douceur de ces deux cœurs que rien ne peut séparer. Et un lieu de mémoire plus qu’un cimetière. Un lieu que la religion n’a pas confisqué, laissant aux hommes le soin de choisir leur mémorial.

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