Entre ciel et terre


Il est un espace auquel je n’avais jamais pensé, que je ne savais même pas exister. Un espace improbable et fascinant seulement connu des initiés, situé entre les voûtes savamment orchestrées et la toiture des églises. Dans celle où je me trouve, on accède à ce lieu par différents escaliers. Un premier, classique, en pierres, qui mène jusqu’à l’orgue. Puis un second, aux marches à la fois plus larges et moins hautes, épuisées par le travail du temps. Entre les deux, deux échelles. Une à l’intérieur de l’édifice, l’autre à l’extérieur. Deux vulgaires échelles aux barreaux d’acier auxquels on se cramponne en essayant de ne pas penser au vide ambiant. Deux échelles posées presque à la verticale, en côté du clocher haut de 46 m, tout proche, qui semble surveiller notre ascension. Nous voilà soudain dans l’antre du toit. Une longue poutre le traverse de part en part. Sur les côtés, en contrebas, les gangues bombées des voûtes observées un peu plus tôt du sol. Des gangues en torchis, mélange de terre et d’eau qui a résisté à tout. Nous sommes sur la poutre et nous traversons l’église. Ici, pas de tableaux, pas de statues, pas d’ornement, juste le temps figé que des toiles d’araignées vieilles comme Hérode tentent de dater… Soudain, une planche craque et s’enfonce légèrement sous mon pied. Je reste suspendue, n’osant faire un pas de plus. Mon guide me rassure et m’encourage à changer de côté. Sur ma gauche, un bac en bois rempli de gros cailloux et relié par un câble en acier à la poutre centrale. « Le contrepoids du lustre principal », m’explique mon guide resté en amont. « Imaginez où vous êtes en ce moment, à quelle hauteur… » Ses mots arrivent à mon esprit et le pénètrent doucement. Et soudain, je me vois suspendue à 20 m du sol, sans autre point d’appui que cette poutre que mon esprit imagine immédiatement chancelante. Le vertige du lieu me prend et je n’ai alors qu’une hâte, revenir à mon point de départ. Je rends l’espace à son silence et à sa solitude habituels. Il est des lieux dont il ne faut pas troubler la tranquillité, des espaces qui portent en eux la sagesse du monde…

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