« Haut les cœurs !


Il cherchait depuis si longtemps… A cœur perdu même! Comme tout le monde, il avait cru que l’Amour se présenterait à lui comme ça, par hasard, au détour du chemin. Le cœur au ventre, il l’avait attendu. Patiemment, obstinément. Il avait mis du cœur à l’ouvrage, mais sans grand succès. Puis, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, il s’était résolu à l’amour sans grand A. Le cœur sur la main, il avait renoncé à cette partie de lui-même qui demandait plus. Etait arrivé ce qui devait arriver. L’amour s’en était allé voir ailleurs et lui avait fendu le cœur. Alors, il avait repris sa quête, le cœur gros, mais cette fois en utilisant tous les moyens modernes de communication. Il pensait, bien naïvement, qu’en prenant les choses à cœur, l’Amour ne pourrait lui échapper. Mais la société actuelle fourmille de consommateurs aux cœurs de pierre qui ciblent leurs partenaires comme ils choisiraient une baguette. Il parlait à cœur ouvert, mais se heurtait à des critères qui lui faisaient mal au cœur. Trop ci, pas assez ça, les yeux pas de la bonne couleur, les cheveux pas à la bonne frisette… Son cœur d’artichaut ne s’accommodant guère du libre-service, il avait fini par capituler. Un matin, il partit marcher sur la plage et lui vint l’idée de suivre les contours d’un cœur imaginaire… Il s’en donna à cœur joie et le pensa si fort, s’y transposa si passionnément que le cœur prit forme sur le sable. Quelqu’un allait-il s’arrêter devant ce Cœur si généreusement offert au soleil levant ? Il voulait en avoir le cœur net et s’assit à proximité. Il n’y avait pas grand monde dehors à cette heure-là. Il faisait froid, un de ces froids secs qui transforment l’haleine en nuages éphémères. Soudain, une femme surgit avec son chien. Elle marchait la tête haute, le regard suspendu aux vagues remplies de soleil qui venaient se casser sur la plage. Elle semblait avoir le cœur bien lourd… Elle marchait sans vraiment se soucier de qu’il y avait autour d’elle. Elle n’avait pas vu son cœur de sable et posa un pied dedans. Il la regardait, le cœur serré. Elle leva son second pied, mais le laissa en suspens. Il sentit son cœur battre la chamade. Qu’allait-elle faire ? Elle resta ainsi un temps qui lui parut éternité. Son regard ne naviguait plus au loin, il venait de se poser sur les traces pieds doucement organisées. Il l’avait touchée au cœur. Elle recula, effaça précautionneusement l’empreinte qu’elle avait faite et resta là, à regarder ce Cœur. Il l’observait de loin, simplement heureux de voir que quelqu’un pouvait capter son cœur d’or. Il repartit le cœur tranquille, heureux d’avoir pu partager ce cadeau.

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