Il criait si fort et personne ne l’entendait…


Un jour comme les autres, dans un hôpital comme les autres, dans une
ville comme les autres… Un jeune homme hurle de douleur. Il se
cramponne à son lit, se soulève dans une série de soubresauts pour
tenter de contenir la douleur qui, depuis des heures maintenant,
l’assaille sans répit. Il serre les dents pour retenir ses cris, mais
rien n’y fait. Trop dur, impossible même. La douleur est insoutenable, insupportable. La morphine ne réussit même pas à l’atténuer. Pourtant, le personnel médical de service lui affirme que cela va se calmer, que les médicaments vont bien finir par faire effet. Il n’y croit pas. Il n’y croit plus. Depuis 9 heures du matin, la douleur n’a cessé de croître. Des gouttelettes de sueur perlent sur son front brûlant. Les yeux hagards de tant de coups de poignards dans sa cheville tout juste opérée, il ne sait plus à quel saint se vouer ni à quelle puissance divine s’en remettre face à l’indifférence des humains qui l’entourent. A la moindre blouse blanche qui fait irruption dans sa chambre, il tente d’expliquer ce qu’il subit, d’alerter sur le fait que sa cheville ne réagit pas normalement, qu’il se passe autre chose. On tente de le calmer en augmentant les types et les doses de médicaments susceptibles de remédier au problème. On lui demande de se raisonner et on ferme sa porte pour atténuer le bruit de ses hurlements. Il tente de prendre sur lui, effectue de longues respirations pour éloigner la douleur, mais celle-ci s’intensifie de minute en minute. Imperturbable. Impitoyable. Face à l’indifférence générale, elle devient souffrance. Souffrance de ne pas être entendue. Souffrance de ne pas être prise en compte. Et lui, les larmes aux yeux, en appelle à Dieu, dernier et seul recours face à sa descente aux enfers. Le médecin qui l’a opéré finira par venir le visiter. Sept longues heures après le début de son calvaire. En un coup d’œil, il diagnostiquera une complication post traumatique. Un coup d’œil, trois secondes de palpations et deux incisions contre sept heures de lente agonie. Inutile de chercher un ou des responsables, inutile d’accuser ou de maudire. Juste dire, raconter pour que ce genre de choses ne se reproduise pas. Jamais. Et pour personne. Cette histoire, véridique, s’est déroulée cette semaine à l’hôpital de Perpignan, mais elle aurait pu se passer dans n’importe quel autre hôpital de France. On pourra bien sûr y opposer des problèmes de sous-effectif et de surmenage du personnel médical, ou même de saturation des établissements de santé, mais cela ne peut suffire pas à expliquer la non écoute et la non prise en compte de la souffrance des patients.

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