Je suis seule et j’ai peur


Une vieille dame dans une petite ville qui se meurt… Elle a vécu toute sa vie dans la maison de ses parents avant de la quitter pour vivre avec son mari. Elle y est revenue il y a quelques années et y regarde maintenant défiler les années avec lassitude. Ce midi-là, une odeur de soupe aux poireaux sauvages emplit la pièce. La maison est petite, un peu sombre. Dans une première pièce éclairée par une seule fenêtre, s’imbriquent un canapé deux places, une table, quatre chaises, un buffet. Au mur, des photos d’une époque révolue, des portraits d’enfants et de petits-enfants… Interrogée sur ses souvenirs d’enfance, la vieille dame ne peut empêcher la nostalgie de l’envahir. « Dans cette rue, avant, il y avait plein de commerçants. Tout le monde se connaissait et se rendait service. Maintenant, nous ne sommes plus que quelques-uns à habiter ici et je ne connais plus personne. Si je veux des poireaux, il faut que j’aille à la grande surface ! La vie a tellement changé… » Quand elle comprend que ses propos vont être repris dans un article, elle s’affole littéralement. « Non, non, je ne veux pas. Je suis seule et j’ai peur. Je ne veux pas d’ennuis. » Quelle société ingrate que celle qui laisse ses anciens sur le bas-côté, des anciens qui, souvent, n’ont plus que la solitude comme compagne quotidienne… Je suis frappée de constater combien les personnes que je rencontre au fil de mes pérégrinations, jeunes, moins jeunes et anciens, ont du mal à trouver leur place dans une société qui ne laisse guère plus de place à l’humain. On rénove les bâtiments, on excentre les parkings, on développe les zones commerciales mais quid des activités intergénérationnelles, de la sauvegarde des cœurs de villes et de leurs petits commerces qui permettent le maintien à domicile des personnes âgées ? Je me balade parfois dans des rues totalement vidées de leurs habitants. Les zones commerciales n’ont jamais créé de lien social. Quand les politiques le comprendront-ils ? Quand prendront-ils conscience que les gens, comme cette vieille dame, n’ont pas plus envie qu’eux de vivre avec leurs seuls souvenirs, mais plutôt de parler avec des personnes réelles, de vivre de vrais moments d’échanges…

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