« La dame au bonnet et le papillon

Elle est arrivée dans la salle de conférence sur la pointe des pieds, les yeux baissés, un bonnet rouge enfoncés jusqu’aux oreilles et le corps protégé d’une grande parka de marin malgré le beau temps ambiant. Elle s’est assise au fonds de la salle sans prononcer un mot. A la fin de la conférence, elle s’est approchée et a juste dit sans lever les yeux de ses chaussures : « Je voudrais essayer d’écrire, mais… » Cette simple phrase, qu’elle ne termina d’ailleurs pas, semblait lui avoir demandé un effort surhumain. Les semaines, les mois suivants, elle a tenu son engagement. Parfois là sans être là. Souvent en réaction. La vie n’avait pas été tendre avec elle. Pourtant, elle s’obstinait. Les mots avaient du mal à sortir. Ils se bousculaient, se pressaient, mais restaient coincés à la porte. Elle s’agaçait, se décourageait, désespérait, mais elle revenait. Un jour, lors d’un atelier en plein air, les papillons sont venus la visiter. Il y avait une dizaine de personnes cet après-midi-là, mais c’est elle qu’ils sont venus visiter. Elle les a d’abord chassés, effarouchée par tant d’attentions. Mais elle avait beau essayé de s’en débarrasser, il y en avait toujours un pour revenir près d’elle. Excédée, elle changea de place en lâchant une de ces déclarations définitives dont elle avait le secret : « Je n’aime pas les papillons ! » Mais eux en avaient décidé autrement. Devant les yeux médusés de ses compagnes d’écriture, un papillon vint se poser sur son bonnet, juste au sommet de sa tête, comme pour lui dire : « Arrête de lutter maintenant. Accepte la transformation que tu as demandée si fort et pour laquelle tu as fait tant d’efforts. » De ce jour, rien ne fut plus jamais pareil pour elle. Les mois suivants, elle fit tomber le bonnet, s’habilla sans plus avoir peur des agressions, s’ouvrit au monde et à elle-même. Elle se mit vivre. Tout simplement. Et à écrire. Elle put dire ce qu’avait été sa vie. Son désespoir. Sa souffrance. Le papillon est reparti. Il a emmené avec lui toutes ces années maudites. Et aujourd’hui, elle écrit la beauté de la vie. Ses doutes, parce qu’on ne cesse jamais d’en avoir, mais aussi et surtout ses espoirs et le goût retrouvé de la relation humaine. » Christine Allix

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