Le silence. Un silence presque total. Celui qu’impose le Canigou, digne et majestueux. Du fond de la vallée, un bruit de cloches, celui des vaches qui errent de prés en prés au gré de leurs envies d’herbe tendre. Dans les arbres alentours, de petits oiseaux dont on devine la présence au doux son de leurs gazouillis. Une vieille guimbarde attend un hypothétique chauffeur. Faute de propriétaire attitré, les ronces en ont pris possession. La vielle 405, sans roues mais encore immatriculée, ne roule plus depuis longtemps. Elle semble pourtant prête à démarrer, le volant et le pare-brise fièrement dégagés. Elle trône en impératrice des lieux devant un vieil hangar tout aussi vieux qu’elle. Un vieil hangar longtemps fermé aux yeux des visiteurs, mais dont la porte a été forcée puis laissée entrouverte. Comme une invitation à entrer… A l’intérieur, un tracteur, une remorque, un motoculteur à priori en état de marche. Et tout autour, un bric à brac invraisemblable. Un cric de voiture, une pelle, des cageots vides, un tiroir sans buffet, un vieux tonneau en bois tout défoncé, des fils, des pièces de moteur, un vieux calendrier de 2005, une chaise, des bidons… Et deux clés. Posées près d’une des roues du tracteur. Une grande et une plus petite. Présence presque incongrue parce qu’il n’y a ni maison, ni buffet à ouvrir à proximité. Elles paraissent attendre quelqu’un, ou quelque chose. Dehors, rien ne semble devoir troubler ce désordre un peu désuet. Le soleil sort de sa cachette et apparait soudain au sommet du Canigou, éclairant du même coup le verger laissé à l’abandon. Les pommiers ont tant donné qu’ils se sont mis eux-mêmes en sommeil, dressant leurs branches décharnées vers le ciel en une silencieuse supplique, offrant aux visiteurs la vue de quelques pommes flétries. Peu à peu, la lumière s’empare de la nature environnante, faisant briller les quelques feuilles vertes qui ont échappé à l’automne. Que la montagne est belle lorsqu’elle s’éveille, que de secrets elle laisse entrevoir… Il est temps alors de faire silence, de se fondre dans le moment… Ce soir, Noël allumera les yeux et les cœurs. Puissions-nous, tous, faire comme cette nature si généreuse et partager un peu de cet amour, un peu de cette lumière avec celles et ceux qui en manquent. Douces fêtes à tous. Profitez des personnes que vous aimez et dites-leur combien vous les aimez. Si magie de Noël il y a, c’est bien dans l’Amour qu’elle s’accomplit totalement.