La panne


Parfois, les mots ne veulent pas sortir. Ils sont là, tout près, mais inaccessibles. Et plus vous essayez de les faire sortir, plus ils se cachent. Eux seuls savent ce qu’ils veulent vous dire. D’ailleurs, si vous prenez le temps de les écouter, ces mots rebelles qui refusent soudain de vous obéir, ils vous demandent juste d’écouter le temps qui s’écoule doucement. Ils vous supplient de regarder la petite étoile de mer échouée sur le sable, sans la décrire ou en inventer une histoire. Ils vous susurrent à l’oreille que s’ils restent précautionneusement blottis au creux de vous, c’est que vous avez quelque chose de plus urgent à faire comme écouter votre cœur battre au rythme d’une rencontre impromptue, d’un rayon de soleil surfant sur une vague, de sourires délicatement offerts ici et là… Les mots nous parlent. Surtout ceux qui refusent de s’inscrire sur la feuille blanche. Ils parlent de repos, de contemplation, de ressourcement. Ils refusent la marche forcée, le devoir moral que l’on s’impose au nom de je ne sais quel lien à tisser et à maintenir… Ils expriment la liberté d’être et de vivre à son propre rythme. Les mots nous connaissent mieux que quiconque. Ils nous dessinent, nous sculptent, exposent ce que nous sommes au plus profond. Sachons les écouter, les aimer, les offrir en partage quand ils jugent le moment opportun. Sachons aussi les garder pour nous quand le silence s’impose. Dans une société de l’apparence où chacun veut avoir son mot à dire sans vraiment écouter ceux des autres, laissons les bons mots prendre l’ascendant sur les mots inutiles, blessants ou guerriers.

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