La vieille dame acariâtre

« Un trajet de bus comme il s’en passe plusieurs fois par jour. Des passagers assis un peu partout. Des jeunes, des vieux. A l’avant, un homme, casque vissé sur les oreilles et yeux fermés, reprend dans un murmure les tubes qui passent sans se préoccuper de ce qui se passe autour de lui. Et puis soudain, un arrêt comme il y en tout au long du parcours. Une dame d’un âge certain, cheveux blancs parfaitement coiffés et lunettes noires sur les yeux, un peu guindée, monte dans le bus. Dans le même temps, deux jeunes femmes entreprennent de descendre. La vieille dame se campe alors sur ses deux jambes et leur barre le passage, leur indiquant d’un geste péremptoire de faire demi-tour. « La sortie, ce n’est pas par là, c’est là-bas », leur lance-t-elle alors d’un ton qui ne tolère aucune réaction. La scène parait tellement surréaliste que les jeunes filles en restent interdites, ne sachant si elles doivent sourire ou s’agacer. Il faut l’intervention du chauffeur pour décoincer la situation. « Ce n’est quand même pas vous qui allez faire la loi dans mon bus! » Et notre rigide du jour de s’énerver. « Elles obstruent mon passage! », s’énerve-t-elle avec une mauvaise foi évidente dont elle n’a visiblement pas envie de se départir. « Il y a du favoritisme, je l’ai depuis toujours dit » maugrée-t-elle avant de laisser passer les jeunes filles hilares plutôt mal gré que bon gré. « Vous devez en voir de toutes les couleurs », dis-je alors au chauffeur qui s’exclame, résigné et souriant: « Alors, là, oui, c’était une couleur! C’est souvent comme ça avec les personnes âgées. » Arrivée à destination, la vieille dame acariâtre sort et passe devant le bus, la tête haute et le buste droit, en adressant un salut digne de la reine d’Angleterre à son chauffeur de bus… préféré! A l’avant du bus, le mélomane continue de chanter. Il n’a toujours pas ouvert les yeux. » Christine Allix

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