L’absence


« Colette avait beau essayer, elle ne se rappelait pas qui était cette dame assise en face d’elle. Son visage lui rappelait vaguement quelqu’un, mais elle aurait bien été incapable de dire qui… Il y avait tant d’inconnus qui passaient la voir ces derniers temps. Elle ne comprenait pas pourquoi, soudain, tant de monde s’intéressait à elle. Et pourquoi ils tenaient tant à lui raconter leur vie. Elle avait la sienne, de vie, et celle des autres la laissait indifférente. Enfin, indifférente, pas vraiment, mais perplexe. Pourquoi venaient-ils la voir, elle? La jeune femme assise en face d’elle ne semblait pas se soucier de ses pensées. Elle s’était mise à parler. De son père, de ses frères et sœurs, de sa maison, une belle grande maison où il faisait bon se réunir. Elle semblait si triste… Pourtant, ce qu’elle lui racontait n’avait rien de triste. Peu à peu, son regard s’était détourné de sa visiteuse pour regarder un oiseau qui venait de se poser sur le rebord de la fenêtre. Lui au moins ne demandait rien. Il venait juste grappiller les quelques miettes de pain qu’elle déposait là chaque jour. Du fonds de sa conscience, elle entendait la douce voix de son interlocutrice, mais elle n’essayait plus d’en percevoir le sens. Cette jeune femme lui parlait de choses qui lui étaient étrangères. A quoi bon poursuivre une discussion qui, de toute façon, ne la concernait pas. En se détournant d’elle, Colette espérait qu’elle la laisserait tranquille, qu’elle partirait. Mais la jeune femme s’entêtait. Elle lui avait pris la main et la lui caressait avec beaucoup de tendresse. Colette n’essaya pas de l’en empêcher. Elle ne connaissait pas cette femme, mais le contact de sa main avec la sienne lui faisait du bien, la rassurait même. Même si elle l’appelait d’un nom qui n’était pas le sien… Peut-être parlait-elle de sa mère ? Peut-être retrouvait-elle en elle sa mère disparue ? Colette ferma les yeux. A quoi bon se poser des questions auxquelles elle ne trouvait aucune réponse… Seuls comptaient maintenant la douceur de cette présence, l’amour et la gentillesse qui émanaient de cette jeune femme. Elle s’endormit. Tout juste sentit-elle le baiser déposé sur son front. Quand elle ouvrit les yeux, la visiteuse était partie. Elle pouvait de nouveau observer les oiseaux en toute tranquillité… » 

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