Le bar


La journée a été longue, fatigante, infructueuse, émaillée de rendez-vous avortés, de refus, d’agressions verbales. Une de ces journées qui fait regretter de s’être levé. Avec, en prime, le stress de ne pas avoir le nombre d’interlocuteurs suffisant pour assurer les articles attendus. Face au découragement qui pointe, un seul remède : l’un des deux bars du coin ! Instinctivement, j’opte pour celui qui, dit-on, n’a que des vieux. Par expérience, je sais que c’est dans ce genre de café que se disent les choses, que se racontent les histoires. Le patron m’accueille avec un large sourire et à ma tête déconfite, comprend que la journée a été difficile. Nous commençons à discuter. De son installation récente, du métier de cafetier, de la commune. Au fil des minutes qui s’égrènent, des clients arrivent. Des habitués. Que des hommes, plutôt d’un certain âge, qui commencent à me raconter les « contes et légendes » du pays dans une ambiance bon enfant. Il n’y a plus d’hommes, plus de femmes (nous sommes deux avec la patronne), juste des presque inconnus qui partagent un moment dans l’ouverture la plus totale. Il y aura bien une tentative de blague graveleuse, mais son auteur est vite recadré par ses compères du jour. Quand j’explique ce qu’il me manque pour boucler ma rubrique, c’est à qui va me donner un nom, une adresse, une histoire. J’en apprends plus sur le village en deux heures que depuis deux jours que je suis là. Les verres aidant, la confidence se fait facile, quasi naturelle. Dehors, la nuit est tombée. Il n’y a plus de journal, plus d’articles à écrire, plus de fatigue, juste ce moment partagé en toute simplicité. Sans jugement, sans attente. Il est temps de partir. Rendez-vous est pris le lendemain matin pour recueillir les souvenirs d’un enfant du pays sur sa jeunesse au village. Je rentre à pieds. Il fait froid, mais je suis bien. L’espace d’une soirée, j’ai retrouvé mes vingt ans. Et mon optimisme invétéré. Oui, on peut encore s’accorder des soirées impromptues dans des cafés avec de parfaits inconnus et passer un bon moment. Merci Messieurs.

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