Le chat qui voulait tant aimer…


« Le chat qui voulait tellement aimer…
Le chat vivait seul depuis si longtemps qu’il ne se rappelait pas avoir été aimé un jour… Peut-être à la naissance, par sa mère, et encore… Ce souvenir remontait à si loin, il avait été si fugace qu’il n’avait eu de cesse de le retrouver tout en ne sachant plus très bien de quoi il s’agissait vraiment. Il avait longtemps erré dans les rues, s’en remettant au hasard pour des rencontres qui lui auraient amené l’amour tant attendu, mais les jours s’étaient succédé sans qu’il se passât quoi que ce soit. Ses amis étaient en couple, ils avaient même des petits. Lui continuait à traîner sa solitude comme un boulet sans plus espérer un autre devenir. Un jour pourtant, il prit son courage à deux mains et s’approcha d’un animal d’autant plus attirant qu’i ne bougeait pas. Il ne lui ressemblait pas vraiment, mais semblait plutôt sympathique avec ses deux yeux qui ne s’allumaient que la nuit et ses quatre pieds emmitouflés dans de jolis ronds de caoutchouc. Il s’approcha tout doucement, posa sa patte sur un des pieds de l’animal et lui dit :
– Tu veux bien être mon ami ?
L’animal ne répondit rien. Le chat se dit qu’il devait être timide. Alors il se rapprocha et posa sa tête sur son pied pour le rassurer. Toujours pas de réponse. Il se frotta contre lui, puis repartit dans la cabane où il avait élu domicile. Il revint ainsi chaque jour, se disant qu’avec le temps, son nouvel ami prendrait confiance et finirait par lui parler. En fait, il s’en moquait un peu qu’il lui répondît ou pas. Il avait trouvé un ami, c’est ce qui comptait.
Une mouette avait remarqué le manège du chat. D’abord interloquée, elle avait eu envie de se moquer. Puis, à force de l’observer, elle avait voulu comprendre…
– Mais pourquoi viens-tu faire des câlins tous les jours à ce morceau de ferraille ?
– D’abord, ce n’est pas un morceau de ferraille, c’est mon ami !
– Comment ça ton ami ? Il te l’a dit ? T’a-t-il dit un seul mot d’ailleurs ?
– Non il n’a rien dit, mais je sais qu’il m’aime ! Je viens le voir chaque jour et il m’attend toujours à la même place et même s’il ne parle pas, je sens qu’il est content !
Comprenant le désarroi et surtout la quête du chat, la mouette se rapprocha et sa voix se fit plus douce.
– Écoute, petit chat, il te faut grandir. L’amour est un sentiment partagé sinon il n’est pas. Ce que tu as pris pour ton ami n’est qu’une voiture sans cœur et sans sentiment. Elle reste là où son propriétaire la gare et si elle ne te répond pas, c’est tout simplement parce qu’elle ne t’entend ni ne te voit.
Le chat se laissa tomber par terre.
– Alors, je suis toujours aussi seul ? Personne ne m’aimera donc jamais ?
– Tu as le choix, petit chat. Tu peux te nourrir de chimères, te convaincre d’amours et d’amitiés qui n’existent que dans ta tête et alors, oui, tu resteras seul. Mais tu peux aussi décider de quitter ton monde d’illusions et de rejoindre la vraie vie, celle qui t’entoure, et tu as une chance d’être heureux un jour.
Le chat se mit à sangloter. Jamais il ne parviendrait à quitter son monde. Il n’avait connu que celui-là. Ce que lui demandait cet oiseau lui paraissait insurmontable. Sauf si… Une idée germa dans son esprit.
– Tu veux bien être mon ami, toi ?
– Je ne peux te promettre d’être ton ami puisque nous ne nous connaissons pas encore, mais je veux bien t’accompagner un bout de chemin et qui sait, peut-être pourrais-je même t’aimer un jour…
– Tu ne m’aimes pas encore ?
La mouette se mit à rire.
– Mais je ne connais même ton prénom ! Pour t’aimer, il faudrait déjà que nous fassions connaissance petit chat. Ne te brûle pas les pattes, prend le temps de me découvrir et laisse-moi le temps de te découvrir. C’est ainsi que se construit une relation entre deux êtres. Allez, sèche tes larmes et oublie une bonne fois pour toutes, ce tas de ferraille qui ne t’aimait que dans ton imagination !
Parfois, on a tellement besoin d’aimer et d’être aimé qu’on extrapole les sentiments présumés de l’autre et qu’on se retrouve dans une impasse. Au même titre que l’orthographe ou la grammaire, on devrait enseigner l’autonomie affective à l’école, cela permettrait à chacun de reconnaitre l’Amour quand il frappe à notre porte…

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