Le GPS


Mercredi, direction une nouvelle commune de l’Aude dont, bien sûr, je n’ai jamais entendu parler. La veille, par acquis de conscience, j’ai vaguement regardé l’itinéraire pour ne pas perdre de temps. De toute façon, je n’ai aucun sens de l’orientation et aucune mémoire de routes que je n’ai pas encore empruntées donc inutile que j’essaie d’imprimer quoi que ce soit… Partant du principe que toute route est bonne à découvrir, je me suis fait une raison depuis bien longtemps de mon aptitude incomparable et chronique à me perdre ! Bref. Ce matin-là, l’idée, saugrenue, me prend de connecter mon GPS de portable. Saugrenue parce qu’effet de mimétisme sans doute, ce spécialiste es orientation est aussi peu latéralisé que moi. En clair, il m’indique droite quand c’est gauche et gauche quand c’est droite. Finalement, avec lui, je finis par l’être, latéralisée ! Je prends donc la route et je suis consciencieusement ses indications. Quand même, à un moment, quand il me fait emprunter une toute petite route qui s’enfonce dans la montagne, une petite lumière rouge se met à clignoter dans ma tête. Mais je vous l’ai dit, j’aime l’aventure ! Je continue donc sur ma lancée et, virage après virage, je monte. Au fur et à mesure que je prends de l’altitude, la neige se fait plus importante. Au départ, il n’y a que quelques restes de flocons sur le bord de la route. Puis, ce sont bientôt des congères. Mon fidèle GPS n’avait pas prévu ça. D’ailleurs, au passage, il ne prévoit pas grand-chose sinon de prendre la route la plus courte ! Devant moi, de grandes rafales de tramontane soulèvent des nuages de poudreuses. La route est encore à peu près sèche, mais je ne suis pas encore au sommet du col dont je ne connais ni la hauteur, ni la praticabilité. Je m’arrête pour toucher la neige et me faire une petite série de boules de neige à lancer dans le ravin, mais elle est si dure que je ne peux même pas la décoller ! Là, je commence à me dire que je suis mal embarquée. Même si j’ai changé mes pneus très récemment, je n’ai pas de chaînes dans mon coffre. J’arrive enfin au sommet. Soulagée. Mais je ne reste pas très longtemps sereine. La redescente s’annonce beaucoup plus délicate. Ce versant de la montagne n’est pas éclairé par le soleil. La neige n’a donc pas eu le temps de fondre et me voilà, glissant plus que roulant sur cette route qui n’en est plus une. Je ne suis pas très rassurée, mais quel spectacle ! Ces arbres immaculés, cette nature figée dans le silence… Soudain, au détour d’un virage, un camion. Je me dis que jamais, nous n’arriverons à nous croiser sans que l’un de nous d’eux se retrouve au mieux dans le fossé, au pire dans le ravin ! En fait, il s’agit d’une sableuse dont les occupants me regardent avec stupéfaction et incrédulité. « Encore une qui n’est pas d’ici ! » Ils n’ont rien dit, mais je le lis dans leurs yeux. J’ai le temps, vu la vitesse à laquelle on se croise ! Et j’en ris à gorge déployée, ce qui les achève littéralement ! Finalement, notre « entrevue » se passe au mieux et je continue ma descente en priant le ciel, en l’occurrence la neige, de me laisser passer sans encombre ! Je finis par arriver en bas non sans avoir fait quelques zigzags certes fort harmonieux, mais tout de même éprouvants pour ma sérénité naturelle ! Et là, je remercie mon GPS parce que sans lui, je n’aurais jamais emprunté cette route et je n’aurais jamais assisté à ce spectacle qui, une heure durant, a ravi mes yeux et mon âme !

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