Le livre de philosophie (3)


La journée se passa. Lili avait oublié les livres de philosophie, les lettres, la BD. Le quotidien l’avait aspirée avec son lot de contraintes, de course contre la montre, de tâches à accomplir dans la seconde. Les heures avaient défilé sans qu’elle s’en fût aperçue. Quand elle se posa enfin en sirotant une citronnade maison, le titre du premier livre trouvé sous le buisson lui traversa l’esprit. « Philosophie contemporaine ». Pour conserver un tel livre dans ses bagages, à fortiori des bagages limités au strict minimum, il fallait avoir un certain sens de l’essentiel. Elle réalisa soudain qu’elle avait oublié l’inconnu du buisson. Qui pouvait-il être ? Elle avait tout de suite pensé à un homme, peut-être à cause du sujet traité. Et à un sans domicile fixe. Les sacs de grande surface sans doute… Le méli-mélo d’affaires aussi. Elle prit ses clés, ouvrit son coffre et s’empara des affaires sauvées de l’opération « propreté » de la ville. Elle posa le tout sur la table et resta là un moment, à observer ce cahier mystérieux. C’était un grand cahier, un de ces cahiers de classe écorné d’avoir été transporté sans grand ménagement. En haut, à droite de la couverture, un espace rectangulaire était découpé pour laisser apparaitre le nom du propriétaire, mais de nom aucun, juste des mots écrits à la main sur la première feuille. Lili observa plus attentivement ce qui apparaissait. « Jeune », « réunion », « sans »… Son imagination s’emballa. Il était donc jeune cet homme. Jeune et sans… Sans quoi ? Sans famille ? Sans but ? Sans rêves ? Et pourquoi allait-il en réunion ? Avide de trouver une réponse à ses questions, elle ouvrit le cahier. Ce n’était pas une écriture d’enfant, mais plutôt celle d’un adulte à priori bien organisé. Les phrases s’alignaient dans un ordre impeccable. Avec, comme une digression à cette indispensable rigueur, de petits bulles remplies de noms et de contacts de personne. Lili s’attacha alors aux mots. Ils décrivaient une personne abimée par la vie, parlait d’errance, de quête. Elle s’arrêta de lire. Cette histoire ne lui appartenait pas, ne la concernait pas. Elle s’en voulut de s’immiscer ainsi dans la vie de cet inconnu. Mais la curiosité et l’envie de connaître son histoire, fut plus forte que tout. Elle commença à lire…

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