Le livre de philosophie (5)

Reprise par ses activités quotidiennes, Lili avait suspendu sa recherche de l’inconnu, mais elle était hantée par cette histoire. Elle s’invitait dans ses pensées au moment où elle s’y attendait le moins. Pendant ses rendez-vous, au volant, en fait dès qu’elle laissait son esprit voguer au gré de ses humeurs. Ce jour-là, elle se hâta de rentrer. Il avait fait une chaleur à faire fondre le plus résistant des glaçons. La petite robe légère enfilée le matin, avait depuis longtemps perdu de sa fraicheur. Habituellement, au retour de son travail, la jeune femme faisait un crochet par la plage, enfilait le maillot de bain qu’elle avait jeté dans le coffre le matin, en partant, et allait piquer une tête dans l’eau, mais cette fois, elle n’eut pas un regard pour les vagues. Elle n’avait qu’une envie : rentrer au plus vite et se replonger dans le cahier de l’inconnu. Elle dut pourtant prendre son mal en patience. La route était bondée de monde. Avec l’été, les touristes avaient envahi le moindre espace disponible. Une famille traversa juste devant elle sans crier gare. Elle pila et pesta contre ces satanés vacanciers qui, dès qu’ils mettaient un pied en dehors de chez eux, se croyaient tout permis. Chaque année, c’était la même rengaine. La route, la plage leur appartenaient. Ils se l’appropriaient avec souvent beaucoup d’arrogance et de désinvolture. Lili respira profondément et prit son mal en patience. De toute façon, elle ne pouvait pas leur passer dessus ! Après moult freinages et contournements divers, elle finit par arriver chez elle. Elle se gara, prit ses affaires et entra en trombe chez elle, jetant chaussures sur le carrelage et clés sur le canapé. Le cahier l’attendait là où elle l’avait laissé là le matin, sur la table de la cuisine. Elle s’assit et souleva la couverture comme on ouvre un coffre rempli de trésors, avec beaucoup de précautions. Les mots étaient toujours là. Elle commença à tourner les pages. Cette fois, elle ne s’arrêta pas au contenu. Son intuition lui disait que quelque chose de plus intéressant l’attendait au fil de ce cahier a priori anodin et son intuition ne la trompait jamais. Effectivement, au centre du cahier, était glissée une photo. La photo d’un homme avec une petite fille, visiblement complices et heureux d’être ensemble. Lui, barbu, la trentaine, les cheveux noirs et drus. Elle, cinq ans environ, les cheveux blonds et bouclés. Joue contre joue, les yeux brillants, un grand sourire aux lèvres, pétillants de vie et de gaieté, ils semblaient heureux. Ainsi, il s’agissait bien d’un homme. L’inconnu au livre de philosophie était donc père. Et la personne dont il parlait dans son cahier et qu’il semblait chercher, était donc sa fille. On a si vite fait de tirer des conclusions de ce que l’on voit. Lili ne chercha pas d’autres explications à cette photo. Elle conclut de suite à l’histoire d’un père avec sa fille. La suite des événements allait lui faire comprendre qu’il faut toujours se méfier des apparences…

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