Le livre de philosophie (suite et fin)


La journée se passa tranquillement. Lili resta concentrée sur son travail et n’eut pas une pensée pour l’inconnu et son cahier. Ce n’est qu’une fois rentrée chez elle qu’elle s’y replongea. Mais seulement après avoir pris le temps de nourrir sa chienne et d’avoir pris une douche. Le cahier n’avait pas fini de livrer ses secrets. Elle reprit la lecture là où elle l’avait arrêtée la veille et tomba sur un nouveau numéro de téléphone. Elle le composa aussitôt et attendit, le cœur battant. Une voix se fit soudain attendre.
– Allo?
– Bonjour Madame. Voilà je vous explique. J’ai trouvé un cahier avec des photos et des notes personnelles près de la plage et je souhaiterai le rapporter à son propriétaire. Votre numéro de téléphone était inscrit sur une des pages. C’est pour ça que je me permets de vous appeler.
– Mais qui êtes-vous? Qui vous a donné mon numéro?
– Je m’appelle Lili et j’ai trouvé votre numéro sur un cahier abandonné sous un buisson. Je veux juste le rendre à son propriétaire. Peut-être pourriez-vous me donner son nom?
– Décrivez-moi la photo?
– Il y a un homme avec sa petite fille, on dirait d’ailleurs un père avec sa petite fille. Lui semble avoir un peu moins de la quarantaine et elle, cinq, six ans.
– Je vois. Effectivement, je sais de qui il s’agit.
Son interlocutrice ne souhaitant visiblement pas s’attarder, Lili se contenta de lui demander un contact et, après l’avoir remerciée de sa confiance, raccrocha. Elle ne réfléchit pas et appela aussitôt numéro donné. Une voix féminine lui répondit.
– Allo? Qui est à l’appareil?
Lili la salua et lui donna la même explication qu’à l’interlocutrice précédente. Elle eut droit en réponse à un long silence. Elle ne savait que faire, ni comment réagir.
– Excusez-moi, je ne voulais pas vous déranger.
– Non, non, vous ne me dérangez pas. C’est moi qui m’excuse. Je croyais ne jamais retrouver ces affaires auxquelles je tiens beaucoup et…
L’émotion de la jeune femme était palpable. Lili lui proposa de lui rapporter ses affaires au plus vite. Elles convinrent de se retrouver dans un bar de la place. Quand elle y arriva, la jeune femme était déjà arrivée. Elle était comme elle s’était décrite. Grande, élancée, avec de grands cheveux noirs et frisés. Elle se leva à son approche. Quand Lili lui remit le cahier, elle le serra contre son cœur et ferma les yeux. L’émotion passée, elle expliqua que l’homme sur la photo était son père et que c’est tout ce qu’elle avait de lui. Elle raconta aussi qu’elle le cherchait en vain depuis des années et que depuis la perte de ce cahier, elle pensait l’avoir perdu à jamais. Ce cahier représentait tout ce qu’elle connaissait de lui, le maintenait vivant à sa mémoire même si, disait-elle, elle n’espérait plus le revoir un jour. Lili ne tenta pas d’en savoir plus. Pour la première fois de sa vie, elle n’avait pas envie de s’immiscer dans la vie de cette femme entrée bien involontairement dans la sienne. Le fait de savoir qu’elle avait retrouvé son bien le plus précieux lui suffisait. Elle se leva. La jeune femme fit de même et la serra contre elle en la remerciant. Lili partit le cœur léger et reprit le cours de sa vie. Notre histoire n’appartient qu’à nous. Les autres peuvent essayer de la comprendre, extrapoler dessus, mais personne ne peut la vivre à notre place. Et elle est souvent suffisamment dense pour s’en contenter. Parfois, à trop s’intéresser à la vie des autres, on oublie de vivre la sienne…

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