Le puits de la générosité


C’était un puits comme il en existe tant. Un grand puits en pierre recouvert d’une grille et dont on ne voyait pas le fonds. Il trônait là, dans la cour du château, gardien de la mémoire du lieu. Léa n’osait s’en approcher. Les puits n’invitent guère à la douceur en général. Ils peuplent l’inconscient collectif de mort et d’amours contrariés, parlent d’enfer et de malédiction… Pourquoi celui-ci aurait-il échappé à la règle. Il se dégageait de lui une force un peu oppressante. Mais la curiosité de Léa était toujours plus forte que ses peurs. Elle finit par s’en approcher. Il était presque aussi haut qu’elle. Impossible de se pencher et de voir le fonds. Elle posa ses pieds sur les bouts de pierre qui s’échappaient de son socle, s’accrocha à la grille et se pencha. Elle eut d’abord un mouvement de recul. Le puits était profond et l’eau qui s’y trouvait paraissait si sombre… Les légendes qu’elle avait pu lire ou entendre lui revinrent en mémoire. Quel esprit maléfique pouvait bien se cacher là, tapi sous l’eau ? Elle rit de son imagination et ferma les yeux, se laissant bercer par la douceur du lieu qui l’avait accueilli tous ces jours. Alors, elle entendit les rires et la chaleureuse exubérance de la châtelaine. Elle vit les yeux toujours grands ouverts d’étonnement et d’émerveillement de son époux. Elle sentit contre ses jambes la douceur des fourrures des chats venus s’y frotter. Les choses ne dégagent que ce qu’on veut bien qu’elles dégagent. Ce puits était à l’image du château, à l’image de ses propriétaires surtout : il ne dégageait qu’amour et générosité.

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