Le sapin qui voulait prendre la poudre d’escampette…


Les sapins sont posés là, à l’entrée du magasin, prisonniers d’un filet de tissu qui les empêchent d’étirer leurs branches. Ils sont posés là et personne ne fait plus attention à eux. Au rythme où vont les choses, ils risquent même de finir à la déchetterie sans avoir pu ni se parer de décorations ni se réchauffer le cœur des rires et des yeux émerveillés des enfants. Tout ce long voyage du Nord pour finir comme ça, quelle misère ! Et on dit que Noël est la plus belle fête qui soit… Nos quatre sapins orphelins d’acquéreurs en sont là de leurs réflexions quand soudain, l’un d’entre eux décide de défier la fatalité. Dans tout groupe, il y a toujours un élément prompt à se révolter et à résister. Lui se trouve en début de file. Chaque nuit, comme le conte de Monte Cristo avait creusé les murs de sa cellule pour s’échapper, il défait patiemment la toile du filet qui le retient prisonnier. Chaque nuit, quand le magasin se vide, que les lumières s’éteignent, il se libère peu à peu de cette gangue de tissu. Un matin, juste avant l’ouverture, il parvient à sortit une de ses branches. Victoire ! Bientôt, il ne sera plus ce sapin engoncé dans son habit de vente. Bientôt, il sera redevenu ce sapin du Nord fier et altier qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être. Il le sait, il le sent. Quand les clients investissent à tout va le magasin ce matin-là, un enfant reste planté devant lui. Il a tout de suite vu que ce sapin n’était pas comme les autres.
– Tu attends quoi ?
– Qu’un enfant m’emmène avec lui. Je n’ai pas du tout envie de passer Noël dans cet endroit froid et sans amour.
– Pourquoi tu ne retournes pas chez toi ? Tu n’as pas de famille ?
– Je ne le peux pas. Et ma famille, c’est celle qui voudra bien m’installer chez elle. Tu as ce pouvoir, petit homme, celui de me donner la fin de vie la plus belle qui soit.
– Tu vas mourir ?
– Vivre, c’est mourir, petit homme. On ne peut pas mourir si on ne vit pas avant. Le seul fait que tu me parles prouve que je suis en vie. Et c’est un merveilleux cadeau que tu me fais là.
Le sapin vit deux petites larmes pointer au coin des yeux de son nouvel ami. Il le rassura.
– Il n’y a rien de triste petit homme. Regarde, je suis là, en face de toi, et je te parle. Nous avons encore des milliers d’histoires à nous raconter avant que Noël ne passe. Ne gaspillons pas ce temps en tristesse, partageons-le en jouant, en riant, en chantant, en dansant.
Le petit garçon essuya ses larmes d’un revers de la main et courut chercher ses parents. Il les convainquit d’emmener le petit sapin rebelle avec eux et il passa le plus merveilleux des Noël. Seulement parce que comme les enfants savent le faire, il avait ouvert son cœur et s’était ouvert au temps présent, sans plus se soucier ni du passé, ni du futur.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *