L’ego de l’autre, coupable idéal


– C’est ton ego qui parle !
Combien de fois avons-nous entendu et entendons-nous encore cette phrase lapidaire et désespérément courante ? Aujourd’hui, dès qu’un interlocuteur ne peut ou ne veut entendre ce que vous avez à dire, dès que vous ne partagez pas son opinion, il vous sert cette phrase sur mesure sensée expliquer tous les désaccords et surtout vous ramener à plus d’ouverture quant à ses propos. Ego par ci, ego par là… Formule toute faite très à la mode, arme de « gouroutisation » massive très efficace. Tuez votre ego, je vous amènerai à la sagesse absolue. Personne, exceptés les ermites, ne peut échapper à ce concept utilisé à tellement de sauces qu’on finit par ne plus savoir ce qu’il veut dire. Alors, un peu d’explication de texte ce matin, du moins, tentative d’explication. Le Larousse définit l’ego comme le « moi », le « je », qui est aussi la traduction anglo-américaine du terme freudien « ich ». Les magazines spécialisés en psychologie le décrivent comme le sujet, l’unité transcendantale du « moi » (oups, ça se corse !). En psychanalyse, l’ego désigne la part de la personnalité chargée d’équilibrer les différentes forces auxquelles est confronté le psychisme de l’individu. Ces forces incluent ses pulsions profondes, sa morale personnelle (comprise dans le surmoi) et la réalité du monde extérieur tel qu’il le perçoit. Je vous entends d’ici, vous n’êtes guère plus avancés. En tout cas, guère plus que moi.
A en juger par les « c’est ton ego qui parle » lancés à tout bout de champ, l’ego est semble-t-il responsable de tous nos maux (mots). Coupable idéal et désigné de notre incapacité à prendre comme vérité première toute affirmation venant de l’autre, à nous fondre dans l’autre. Pourtant, n’est-ce pas lui et seulement lui qui fait de nous ce que l’on est, différent de l’autre et donc enrichissant pour lui ? Reflet de notre individualité, de nos émotions, de nos sentiments, il nous fait parfois déraper, exagérer, mais sans lui, nous n’existerions pas. Ou alors, nous ne serions que des moutons prêts à suivre le premier, ou la première, qui nous en donnerait l’ordre. L’ego n’a rien à voir dans nos relations aux autres. Nous lui faisons juste porter ce que nous ne pouvons assumer directement. Quand nous disons à l’autre, « c’est ton ego qui parle », c’est notre propre ego qui s’exprime. L’autre n’est jamais que le reflet de nous-mêmes. Les imperfections que nous voyons en l’autre, les failles que nous décelons chez l’autre, ne sont jamais que nos propres imperfections, nos propres failles. Et si nous arrêtions de diaboliser ce fameux ego qui fait de nous un être unique ?

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