Les gardiens


Ce soir-là, trois chats m’accueillent lorsque je pénètre dans leur maison. Ils ne disent rien et me suivent à distance. Je pose mes sacs et je me dirige vers la cuisine. Le couvert est mis à la place que j’occupe habituellement avec mes hôtes. Ils ne sont pas là, pourtant je sens partout leur présence généreuse et chaleureuse. Je mets la soupe à chauffer et je me sers un demi-verre de vin. Je suis un peu impressionnée de me retrouver seule dans ce château certes accueillant, mais aussi très imposant par ses dimensions. J’empêche mon imagination de travailler et j’oblige mon esprit à se fixer sur des choses tangibles en me raccrochant aux recommandations de la maitresse des lieux. Le fromage dans le frigidaire, les amandes grillées dans le petit pot posé juste à côté de mon assiette, les fruits… Deux des chats se sont postés dans l’embrasure de la porte. Je verse le velouté de champignons frais dans mon assiette et je m’assieds face à ceux. La première cuillère déclenche une explosion de saveurs. J’en savoure les différentes textures : la douceur du consommé, le craquant des amandes, le fondant du Vacherin… Les chats n’ont pas bougé et me regardent. Gardiens silencieux et bienveillants. Un dialogue s’engage. Silencieux pour eux, à voix haute pour moi par souci sans doute de meubler une solitude d’autant plus déconcertante qu’elle n’est pas habituelle en ce lieu. En bruit de fonds, une mini chaine égrène des morceaux de musique classique. Je me laisse transporter. Que de choses il a dû se passer dans ce château… Que d’histoires les murs pourraient me raconter s’ils pouvaient parler…. Des histoires d’amour et d’amitié comme celle qui me lie aux propriétaires des lieux, impromptue, improbable, et pourtant si naturelle, si évidente. Quand je me lève pour débarrasser la table, les deux chats quittent leur poste de surveillance, comme rassurés de me voir repue et apaisée. Je monte me coucher. Ils m’accompagnent jusqu’à la porte de ma chambre avant de rejoindre leurs coins respectifs. Le château ne me fait plus peur. Ses gardiens m’ont permis de l’apprivoiser et de me l’approprier le temps d’une nuit. Demain, mes amis seront de retour et nous partagerons un petit déjeuner dans les rires et les réflexions de haute tenue. Elle n’est pas belle la vie ?

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