Les larmes


Les larmes sont là, prêtes à jaillir comme un geyser qui, soudain, ferait tout exploser au-dessus de lui. Elles flirtent avec le bord de ses yeux, font tousser sa gorge, enserrent son ventre comme un étau. Mais elle les retient encore. Désespérément. Elle tente de s’accrocher à sa raison, à sa force. Elle essaie de les contenir dans son corps, de les empêcher de déborder. Elle ne veut pas les voir. Elle ne veut pas les laisser couler. Elle a si peur de ce qu’elles vont déclencher en elle, si peur de l’endroit où elles vont l’emmener, si peur surtout qu’elles ne s’arrêtent plus… Cela fait si longtemps qu’elle les retient… Le couvercle qui les contient bien au fonds d’elle-même, elle ne se rappelle même plus quand elle l’a fermé, scellé même. Il y allait de sa vie, de sa survie. Comment ont-elles fait pour s’échapper ? Elles ne les a pas vues arriver. Les larmes l’ont prise par surprise. Elles sont remontées d’elle ne sait où sur un mot qu’elle pensait anodin. Mais existe-t-il un seul mot anodin ? Les mots nous choisissent plus qu’on ne les choisit. Ils viennent de parties de nous que l’on n’avait pas pu ou pas su écouter. Ils saisissent le moment opportun et vous sautent à la gorge parfois, libérant du même coup les larmes trop longtemps retenues… L’écriture est une aventure passionnante, fascinante, exaltante qui nous mène bien au-delà d’où l’on croyait pouvoir aller… Et les larmes en sont les diamants qui, une fois libérés de leur gangue émotionnelle, dégagent et éclairent le chemin vers soi.

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