Les lettres


Une dame, tout de noir vêtue, sur une scène quasiment nue, dans ce qui fut autrefois la salle de garde du château de Rieux-Minervois et qui, aujourd’hui, accueille concerts et spectacles. Une dame aux cheveux blancs venue accompagner à la viole de gambe la lecture de quelques-unes des lettres que se sont écrites ses grands-parents, Bernard et Magali Collin, d’août 1914 à septembre 1915. A sa droite, assise devant une petite table de bois, Isabelle Gély, raconte le quotidien des épouses et mères privées de leurs époux, de leurs pères, de leurs frères. A sa gauche, parfois assis, parfois debout quand la colère l’emporte, Dominique Taillemite, décrit l’horreur du front, les tranchées, le froid, les hommes qui tombent tels des pantins… Le récit commence doucement, à la lueur d’une lampe où s’abrite une bougie. Les échanges entre les deux époux ne trahissent aucune inquiétude. Ils sont confiants, certains de ne pas être séparés très longtemps. On croit alors, comme ces deux être « qui s’aimaient d’un amour fou » comme le racontera à la fin Marion Geddes, la vieille dame, que la guerre ne va pas durer, que les hommes partent combattre pour la bonne cause, que toute cette absurdité n’est qu’un mauvais cauchemar. Puis, au fil des lettres, se profilent l’horreur du front, les tranchées, les morts inutiles, les massacres, la rigueur militaire si dérisoire face aux vies sacrifiées. Au fil des lettres, transparaît aussi la lucidité des deux protagonistes. Ils savent, ils sentent qu’ils ne se reverront pas et se disent tout l’amour qu’ils ressentent l’un pour l’autre, passant de « mon ami » en début de correspondance, à « mon aimé » pour finir par « mon amour ». Dimanche, à Rieux-Minervois, dans l’Aude, les Théophanies donnaient à réfléchir sur le sens de la vie, sur l’Amour aussi. ? Marion Geddes a tiré un livre de la correspondance (près de 800 lettres !) de ses grands-parents. « Une famille dans la Grande Guerre » (n’est-il pas tout aussi dérisoire de mettre des lettres majuscules à ces deux mots synonymes d’horreur absolue…) n’est pas seulement le reflet d’un Amour inconditionnel entre deux êtres séparées par la folie du monde, c’est aussi et surtout une façon magistrale de perpétuer le souvenir de toutes ces familles, françaises et allemandes, littéralement décimées par la folie de quelques politiques. Comment peut-on, aujourd’hui encore, croire que la guerre peut résoudre quoi que ce soit ?…

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