L’escargot et l’orchidée


Il l’avait vue de suite, elle n’était pas seule, mais il n’avait vu qu’elle. Une de ces orchidées sauvages délicates et fièrement dressée vers le ciel. Et lui, le petit escargot lent et emprunté, il s’était mis en tête de la séduire. Il ne réfléchit pas. Ce fut comme un éclair qui transperça son cœur. S’il avait pu en parler à ses amis, ils se seraient gentiment moqués de lui. Comment une fleur aussi belle aurait pu s’amouracher d’un escargot encombré d’une coquille certes protectrice mais tout de même bien encombrante ? Alors, il ne dit rien à personne. Il chemina doucement vers elle. Il saurait la convaincre, il en était certain. Enfin il essaya de s’en persuader tout au long du chemin. Au fur et à mesure qu’il se rapprochait, il sentait pourtant l’inquiétude l’envahir. Parvenu tout près d’elle, il se figea. Elle était si grande et lui si petit… Il pensa à son collègue qui s’était suspendu à un brin d’herbe pour en goûter la rosée délicatement déposée par la nuit, et il prit son courage à deux mains. Une feuille s’offrait à lui comme une rampe à sa mesure. Il s’y engagea. La belle orchidée semblait dormir. Elle ne disait mot, mais ne le repoussait pas non plus. Il s’enhardit et parvint jusqu’à son cœur.
– Vous avez rampé si doucement que je ne vous ais pas senti arriver…
L’escargot sursauta. La fleur était donc réveillée…
– Je vous dérange ?
– Non, pas du tout. Je ne pensais qu’un escargot comme vous pouvait s’intéresser à moi…. D’habitude, on ne vient vers moi que pour me cueillir, me mettre dans un vase et me regarder mourir. Et vous, que voulez-vous ?
– Juste vous regarder et échanger avec vous, mais si vous ne le souhaitez pas, je m’éclipse de suite. Je ne suis qu’un banal petit escargot vous savez.
La fleur sourit.
– Vous avez eu le courage de faire ce chemin jusqu’à moi malgré votre peur. Cela vous rend exceptionnel. Je serais capable de fleurir pour vous… Mais pour ça, il faudrait que vous me laissiez respirer !
– Oh pardon, je vous étouffe ! Je me sauve !
La fleur éclata de rire.
– Vous ne m’étouffez pas du tout ! Juste, laissez-moi le temps d’éclore et prenez le temps de sortir de votre coquille… Ainsi, nous pourrons vraiment nous rencontrer et qui sait… L’amour ne s’encombre pas d’apparence, il se nourrit des différences, des vertus cachées, de la sincérité, de la grandeur d’âme. On me dit fragile, mais je suis en fait très robuste et capable de refleurir entre les mains de qui sait m’aimer. On vous dit emprunté avec votre coquille sur le dos, mais vous êtes parvenu jusqu’à moi. Défions-nous des apparences. Nous seuls savons qui nous sommes à l’intérieur. Défions-nous des apparences et cheminons ensemble. Vous saurez me faire fleurir et moi vous faire sortir de votre coquille !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *