« Lettre à la femme victime de violences conjugales


Tu t’es épris de lui. Tu as épousé ses blessures. Tu étais toi-même un petit oiseau blessé. Tu as cru qu’en acceptant tout de lui, tu arriverais le sauver. Tu essayais de te sauver toi-même.
Au premier coup qu’il a donné, tu n’as rien compris, mais tu en as soigneusement caché les marques. Tu t’es dit que ce jour-là, ce n’était pas de sa faute. Tu l’avais cherchée cette claque où il avait mis toute sa force. Tu avais sans doute dû faire quelque chose qui justifiait ce geste. Cela t’avait rendue triste, mais tu n’avais rien dit. Tu ne savais pas que cette claque était le début d’un long calvaire…
Au deuxième coup, tu avais compris que cela ne s’arrêterait plus. Tu as alors cherché à retarder le moment où le coup tomberait. Tu as retenu ta respiration et cherché par tous les moyens à ne pas le contrarier. Et tu lui as cherché, et trouvé, des excuses. Il n’avait pas été aimé dans son enfance. Sa mère était folle. L’alcool expliquait, justifiait son comportement.
Au fil des jours, tu l’as vu devenir ce monstre qui te frappait à la moindre contrariété. Il ne cherchait même plus de justification à son geste. Il ne cherchait même plus à se cacher. Il frappait, c’est tout. Avec ses poings, ses pieds, ses dents. Tes bras, tes jambes, ton visage portaient ouvertement les stigmates de sa violence. Toute lueur s’était éteinte dans tes yeux. Tu étais devenue l’ombre de toi-même. Tu n’arrivais même plus à entendre les cris d’amour de ta mère, de ton frère qui te disaient, qui te hurlaient : sauve-toi ma chérie, ouvre les yeux avant qu’il ne te tue. Tu croyais encore que tu pouvais le calmer, le sauver de sa folie. D’autant qu’il revenait toujours s’excuser, qu’il savait te faire croire que cette violence venait de toi, que c’est toi qui la provoquait. Il avait réussi à te convaincre qu’il n’y avait que lui qui pouvait faire quelque chose pour toi, que ta famille, tes amis ne l’aimaient pas et qu’ils essayaient de te séparer de lui. Tu n’étais plus toi-même, tu n’arrivais plus à faire la part des choses, trop occupée à sauver le peu de vie qui restait en toi.
Bientôt, les coups sont devenus son seul mode de communication. Tu ne cherchais même plus à les éviter. Et un jour, il a frappé plus fort et t’a laissée pour morte. Il a fallu t’hospitaliser en centre psychiatrique, pas parce que tu étais folle, juste pour te protéger.
A ta sortie, il est revenu et revenu encore. Il a juré qu’il regrettait, qu’il ne recommencerait jamais. Mais au fond de toi, quelque chose avait changé. Tu savais qu’il allait te tuer. Et tu as choisi la vie. Tu t’es accrochée à l’amour de tes proches. Et tu es allée au bout de ce procès qui t’as fait reconnaitre comme victime.
Puis, jour après jour, tu as pansé tes plaies. La route a été longue et difficile. Tu as souvent cru ne pas y arriver, ne jamais te relever, mais tu t’es accrochée, consciente que tes proches ne te lâcheraient jamais. Tu t’es cramponnée à leur Amour et tu as réussi : tu es devenue cette femme libre et indépendante qui fait aujourd’hui la fierté de tous et surtout de sa mère. Tu as compris qu’il n’y a personne à sauver si ce n’est toi. Tu es devenue cette femme qui ne laissera jamais plus personne la frapper ni l’avilir.
Je suis fière de toi ma fille. »
En cette journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, il faut, quand on le peut, raconter, témoigner et aussi et surtout donner de l’espoir. La violence n’est pas une fatalité. On n’est jamais victime à vie. L’Amour d’un ou de proches peut sauver puis aider à se reconstruire. Même dans le pire des chaos, l’Amour sauve. Si aujourd’hui, je ne devais dire qu’une chose, ce serait :
– Aux proches: ne lâchez jamais ceux que vous aimez, soyez là même et surtout quand ils ne peuvent plus vous entendre. C’est ce petit fil qui, un jour, pourra les ramener à la vie.
– Aux victimes: ne laissez personne vous traiter plus bas que terre et croyez que vous méritez le meilleur. L’Amour n’a rien à voir avec les coups, physiques ou psychologiques. L’Amour, c’est laisser l’Autre être lui-même et l’accompagner dans ce qu’il est et dans ce qu’il veut devenir. N’ayez plus honte des coups que vous recevez. La honte, c’est celui qui les donne qui doit la ressentir, pas vous. Parlez, écrivez, acceptez de vous faire accompagner. Il n’est jamais troop tard, en tout cas tant qu’il y a de la vie…

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