L’homme passion


Il n’est pas sur place quand je l’ai au bout du fil, mais il prend la route de suite pour venir me parler de ses vins, non sans m’avoir expliqué comment arriver chez lui. Nous éclatons de rire au téléphone à propos de mon sens de l’orientation inné. J’arrive avant lui au domaine en question. Les champs de vigne, les siens et ceux des autres vignerons du coin, s’étendent à perte de vue. Le maitre des lieux arrive en trombe, un large sourire aux lèvres. Il m’invite à entrer dans son bureau et nous commençons à parler. Pour éviter toute frustration ultérieure, je le préviens que l’article en question ne sera pas long. Mais nous nous prenons au jeu tous les deux. Lui à me raconter, moi à découvrir un secteur de la vigne qui m’est encore bien étranger. Le regard et le mot passionnés, il m’entraine dans son monde. Il m’explique pourquoi il a choisi l’agriculture bio depuis 1987, combien il est important que chaque salarié trouve sa place et connaisse celle des autres, pourquoi il continue de vinifier le raisin en cuve de bois, pourquoi il réinvestit beaucoup d’argent dans la recherche sur les massifs forestiers, pourquoi il restera fidèle au bouchon de liège ad vitam, en quoi la diffusion d’oxygène est essentielle, pourquoi il ne sucrera jamais son vin, comment il se bat contre l’uniformisation… Il parle et, quelques secondes durant, je deviens maitre es vinification et œnologie. Merveilleux partage que celui qui se colore de passion ! Il m’emmène ensuite dans son caveau où les noms de ses vins sont autant d’invitations à la poésie et à la dégustation. A la sortie, nous nous dirigeons vers une de ses vignes. Dans le bureau, il m’a expliqué les conséquences catastrophiques des traitements chimiques sur l’humus. Il veut me montrer, preuves à l’appui, comment le sol se remet à vivre dès qu’on ne la traite plus. Il prend un peu de terre dans ses mains, la sent en fermant les yeux, et me la présente, heureux et fier. Puis il conclut : « Plus la racine va profond, plus le vin sera représentatif de votre terroir. » Je comprends alors pourquoi beaucoup de vins se ressemblent aujourd’hui et que ça n’a rien à voir avec mon palais… L’entretien se termine par une poignée de main vigoureuse et des remerciements mutuels. La vie est décidément une belle aventure humaine !

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