L’homme qui ramassait les déchets des autres


Ce matin-là, un engin de la ville ramène du sable sur un bord de mer creusé par la tempête de ces derniers jours. Non loin de là, un homme, bien emmitouflé dans une parka de circonstance, un bonnet enfoncé jusqu’aux oreilles et un panier en osier à la main, ne cesse de se baisser et de ramasser ce qui se trouve sur son chemin. Il s’appelle Jean. Il habite au port de Canet-en-Roussillon. Et il passe son temps libre à ramasser les déchets des autres sur cette plage où il aime marcher. Les déchets plastiques surtout. « Quand je vois tout ce que la mer ramène, en espérant que ce ne soit pas les rivières qui charrient tout ça vers la mer, j’ai honte ! », explique-t-il, montrant au passage son panier rempli de bouteilles plastiques, jouets et autres emballages. « Il faut 4000 ans pour décomposer une bouteille de verre, 1000 ans pour éliminer une bouteille plastique ou du polystyrène, 400 ans pour un sac plastique, 500 ans pour une canette en aluminium, 100 ans pour une boîte de conserve, deux ans pour un mégot… Et pourtant, on continue de jeter tout ça n’importe où ! » Jean n’est pas en colère, juste triste. Triste de voir l’Humanité courir ainsi à sa perte et ne pas en prendre conscience en dépit des nombreux signaux d’alerte lancés par la Nature. « Les gens qui viennent se promener se plaignent que la plage est sale, que les services techniques de la ville ne font pas leur boulot. Mais c’est impossible de tout enlever. Il faudrait ratisser chaque centimètre de sable… » Quand certains avancent l’argument qu’impôts obligent, c’est à la Ville de nettoyer l’inconséquence des gens, Jean, lui, n’attend personne pour réagir. Il ramasse tout ce qui lui tombe sous la main. Quand les pêcheurs de la digue viennent ramasser les sardines ramenées à terre par la tempête pour appâter le poisson, lui appâte le moindre petit bout de plastique qu’il destine ensuite au recyclage. Certains esprits chagrins diront qu’il s’agit d’une goutte d’eau dans l’océan, mais ajoutée à une autre puis encore à une autre, elle finira par faire effet, sinon sur la nature, du moins sur les consciences…

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