Lipuce et la luciole


« Il ne se rappelait plus quand tout avait commencé, mais un jour, il s’était retrouvé seul dans cette petite bulle certes confortable, mais un peu étroite et surtout sans aucune ouverture vers l’extérieur. Il s’était alors assis, les genoux repliés, la tête posée sur ses bras croisés, en attendant que quelqu’un lui parlât. Mais personne n’était jamais venu. Et il avait fini par s’habituer, puis par se résigner, faisant du rêve son arme absolue contre la solitude.
Ce matin-là, pourtant, en se réveillant, il ne s’était pas plongé de suite dans le subtil tracé des stries. Pour une raison qui lui échappait encore, il avait relevé la tête. Comme mu par une force invisible. Et il avait vu la porte.
– Qu’attends-tu pour l’ouvrir ?
Lipuce sursauta. Il y avait si longtemps qu’on ne lui avait pas adressé la parole…
– Mais qui es-tu ? Où es-tu d’abord ?
Une petite lumière jaune vint doucement se poser sur son épaule. L’enfant n’avait jamais vu, ni même imaginé, pareil être. Son corps, ovale et aplati, disparaissait presque totalement sous deux paires d’ailes qui, ainsi repliées, lui faisaient une carapace. Deux yeux énormes, disproportionnés, mangeaient sa tête littéralement, une tête d’où émergeaient à grand peine deux grandes et fines antennes. Six pattes, si ténues qu’elles semblaient prêtes à se briser, donnaient un équilibre à l’ensemble. Mais le plus étonnant était évidemment la lumière qui scintillait d’une partie de son ventre, donnant à cet être une incroyable aura de douceur et de luminescence conjuguées.
– On m’appelle la luciole et je suis la lumière de ton âme.
– La lumière de mon âme ? Mais j’ai une âme ?
– Bien sûr, comme tous les enfants.
– Mais où étais-tu jusqu’à maintenant? Que faisais-tu ? Pourquoi as-tu attendu si longtemps pour venir me voir ?
La luciole se mit à rire et posa un regard affectueux sur l’enfant tout en le détaillant de la tête aux pieds. Depuis leur dernière entrevue, il avait gardé les mêmes cheveux blonds en désordre et cette mèche, brune, qui lui donnait un air rebelle. Ses yeux ronds, tantôt marrons, tantôt verts, semblaient toujours chercher quelque chose. Visiblement, il n’avait pas trouvé réponse aux innombrables questions qui se bousculaient dans sa tête. Non, Lipuce n’avait pas changé. Il restait cet enfant curieux, impatient de tout savoir, de tout comprendre, tout de suite. » Christine Allix, extrait de « Lipuce, la luciole et le géant d’argile ».

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