Ma chère dame


Propulsée dans une commune dont je ne me connaissais même pas l’existence quelques semaines en arrières, je pars la découvrir à pieds. Il fait froid. Un vent glacial s’engouffre sous mon manteau. Difficile d’apprécier la balade. Je me dirige alors vers l’église dont j’ai lu qu’elle était unique au monde. Il ne fait pas plus chaud à l’intérieur, mais au moins je suis protégée du vent. Il règne dans ce lieu chargé d’histoire une ambiance un peu oppressante, la faute, sans doute, aux sept chapelles qui en entourent le cœur. Jamais je n’avais ressenti une telle sensation. Je ne reste pas et me dirige vers le syndicat d’initiatives où je suis accueillie d’un large sourire. L’historienne que je cherche à rencontrer n’est pas disponible ce matin-là, happée par ses petits-enfants. Je conviens d’un rendez-vous pour le lendemain matin. Le jour J, elle arrive, petite femme alerte et enthousiaste de 88 ans, au doux et souriant visage parsemé de rides qui en disent long sur son parcours de vie. Elle me salue d’un « Bonjour Madame » jovial et plein de promesses et elle m’entraîne dans l’église. Puis elle commence à parler et je ne suis plus dans l’église froide et austère visitée hier, mais dans un lieu sacré où un homme, le Maître de Cabestany, a réalisé des merveilles d’architecture et de sculpture. Quand elle parle, son visage, ses yeux, ses mains s’animent dans une irrépressible envie de partage. A chaque pas, elle s’arrête, me désigne une pierre, un tableau, me raconte son histoire. Au fil de la visite, elle me prend par le bras et me guide. Nous n’en sommes plus aux « Madame », mais à « ma chère dame ». Le prêtre arrive inopinément, elle l’alpague aussitôt pour qu’il m’ouvre la porte de la Sacristie où se trouvent des vestiges de la construction d’antan… Il parvient à s’échapper, sauvé par un rendez-vous urgent. Mon guide continue, intarissable. Puis nous partons visiter une chapelle privée dont elle a récupéré les clés. Autre moment de grâce. Nous nous connaissons depuis toujours et nous sommes heureuses de nous retrouver. Un « ma chérie » a remplacé le Madame et le « Ma chère dame » des premiers instants. Le tutoiement s’est imposé tout naturellement. Nous sommes de la même veine, de celle qui aime découvrir, écouter, partager. Cette dame pourrait être ma grand-mère, elle restera à coup sûr une amie chère à mon cœur.
Cette histoire montre à quel point la relation entre deux êtres est simple quand on ouvre son cœur, quand on se met en symbiose réciproque. Quand je penserai à cette église dorénavant, je verrai cette petite dame de 88 ans lever les mains au ciel, me montrer la lumière des vitraux, m’indiquer les trésors secrets de ce bijou architectural. Merci Colette ! Et surtout ne change rien !

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