Et si la générosité était naturelle…

« C’était un de ces dimanches d’hiver où la tramontane n’a pas encore décidé de donner sa pleine mesure et où la timide chaleur du soleil le dispute à la fraîcheur encore très présente de la nuit. Léa prit son vélo. Il était trop tard pour assister au lever du soleil, mais le marché et ses bons produits lui tendaient les bras. Le marchand d’oeufs l’accueillit avec son habituel sourire et ce qu’il croyait être une boutade: « Alors, pas encore à l’eau? » Léa n’avait pas pris son maillot de bain et le regrettait déjà. La mer l’appelait depuis qu’elle était sortie en dépit des dix degrés ambiants. Elle prit ses oeufs et continua son périple par un petit arrêt chez le marchand d’huîtres qui lui proposa de déguster une de ses petites spéciales du jour iodée et grasse à souhait. Repue de chair marine, elle stoppa chez son petit traiteur asiatique. Chaque dimanche, c’était le même rituel. Un nem et une pensée pour sa maman avec qui, enfant, elle partageait cette habitude. Lee, pas très en forme, lui tendit une barquette de crudités assaisonnée de sauce nuoc mam. « Tu peux voir si c’est bon, j’ai pas de goût ce matin. » Après l’huître, la salade finit de la mettre en forme. Elle aurait vraiment dû prendre son maillot de bain! Elle éclata de rire à la seule pensée des gens en doudoune la voyant plonger… Et se dirigea vers sa marchande de fruits et légumes. Kéké avait le coeur sur la main et un perpétuel sourire aux lèvres. » Prend une pomme et va la manger en regardant le lever de soleil pour moi! » Après avoir discuté un instant de tout et de rien, elle aperçut son marchand d’ail qui lui proposa de… « Nooooooon. Pitié, pas de dégustation, pensa-t-elle, sinon je peux remettre ma quête amoureuse à une autre vie! » En guise de cadeau puisque décidément c’était jour de cadeaux, il lui remit 2kg de bel ail bien charnue pour son indéfectible fidélité. On parle souvent de l’époque qui ne laisse place à aucune générosité, à aucune empathie. On oublie trop souvent que la générosité commence par un sourire, une parole, une attention, un regard… Le reste n’est qu’histoire de l’Humanité. Des gens qui, au fil des jours, tissent des relations, éphémères ou durables, d’amour ou d’amitié. La générosité ne se calcule pas. Elle se donne en partage. Aussi simplement et aussi naturellement que l’air que l’on respire. » Christine Allix

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