Rage de vivre


Le bord de mer est désert. Les bars de plage ont plié bagage, les estivants sont rentrés chez eux, laissant toute latitude au vent de sculpter le sable à sa guise. Dans cette immensité figée par les éléments, une pousse de bambou résiste. Présence improbable, quasiment invisible, elle se fond dans le Tout pour espérer grandir incognito. Elle n’est pas seulement là, posée, mais bel et bien enracinée. Peut-être, aidée par le vent, s’est-elle échappée d’un pot posé négligemment sur un des balcons des très nombreuses résidences secondaires désertées par leurs occupants l’été terminé… Peut-être, malgré les risques de s’exposer ainsi aux pieds des promeneurs et aux rouleaux compresseurs des tracteurs de la ville, voulait-elle juste vivre libre… Quelle rage de vivre faut-il avoir pour ainsi braver l’inconnu et le danger, pour surmonter les épreuves… Elle fait penser à ces êtres qui, accablés par la maladie, plient, mais ne rompent pas, se battant corps et âmes pour rester debout. Quoi qu’il arrive, cette petite insignifiante en apparence a déjà gagné. A la voir ainsi se dresser fièrement face au vent, capter le moindre rayon de soleil, plonger ses racines au plus profond du sable pour ne pas se trouver emportée, elle a déjà gagné le respect. Et le droit d’exister à travers ces lignes. Car elle dit simplement : vivez, vibrez, virevoltez, même si, pour cela, vous devez étonner, détonner, déranger car il y a toujours de l’espoir. L’espoir d’être soi-même.

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