Retour aux sources, retour à soi


A une époque où l’Humanité revient à ses vieux réflexes de repli sur soi, de nationalisme et de régionalisme exacerbés, il est bon de s’interroger sur la notion même de retour aux sources. Cela peut-il se limiter à la terre où l’on est né ? Très certainement non. Bien sûr, on est tous de quelque part, en particulier, d’un lieu, d’une famille, d’une terre, d’un pays, mais cela implique-t-il fatalement que celles et ceux qui viennent d’ailleurs ne le ressentent pas comme leur lieu, leur famille, leur terre, leur pays ? On naît là où l’on vit. On se crée la famille qui nous correspond. On aime la terre qui nous permet de nous accomplir. On se sent d’un pays dont on partage les valeurs. L’existence ne se limite pas à la venue au monde, à une seule naissance. On passe sa vie à naître et à renaître. Observez les châtaigniers. Chaque automne, ils offrent leurs fruits pour nourrir terre et êtres vivants. Chaque printemps, ils renaissent de l’hiver. L’être humain ne vit pas autre chose. La seule différence avec ces châtaigniers, c’est que les êtres humains se déplacent, passant d’un lieu à un autre, d’une famille à une autre, d’une terre à une autre, d’un pays à un autre. Comment peut-on ainsi dénier à quelqu’un le droit d’aimer une terre où il n’est pas né au sens humain du terme ? Comment peut-on lui dénier le droit de s’y installer ? Le retour aux sources ne se limite pas à un retour à la terre qui nous a vus naître. C’est avant tout un retour affectif, émotionnel, où les images, les odeurs, les sensations dans leur ensemble sont démultipliées, polies, idéalisées par le passage du temps. C’est avant tout un retour à soi, un retour sur soi, sur ses rêves, les rêves accomplis et ceux qui restent à accomplir, sur ses amours, sur le chemin parcouru et sur celui que l’on veut désormais parcourir.

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