Sur le toit du château…


Chaque année, dans le château de Rieux-Minervois, une petite ville de l’Aude, se déroule un festival de musique classique. Pour présenter ce rendez-vous devenu incontournable pour les mélomanes, rendez-vous est pris avec les organisateurs… et propriétaires des lieux. Le châtelain, qui n’a de châtelain que le fait d’habiter un château, me fait entrer, puis m’encourage à me défaire de mon manteau. Au passage, il me montre un premier salon qui fut, si l’on en croit les dires de certains, une ancienne chapelle. La voûte en rosace semble attester cette version. Il me précède et m’invite à m’assoir dans un second salon, plus cossu, puis part chercher son épouse. Le lieu est impressionnant. La hauteur des plafonds notamment, quatre mètres au bas mot. Dans un des coins de la pièce, un piano et quelques partitions qui témoignent de son utilisation régulière. Accrochés aux murs, un nu de femme, une mer déchaînée, une nature morte, un portrait de chat dont les yeux perçants semblent vouloir plonger dans votre âme. Des estampes aussi, un portrait au crayon. Des meubles anciens, plusieurs canapés de taille et de formes différentes. Il règne dans cette pièce une ambiance très particulière. Le silence y a élu domicile, invitant à la contemplation. Mes interlocuteurs arrivent soudain. Elle, enjouée et enthousiaste, lui, souriant et posé. Nous discutons du sujet pour lequel je suis venue quand, soudain, elle me dit : « Vous voulez monter sur le toit du château ? » D’autres rendez-vous m’attendent, mais l’occasion est trop belle pour la laisser passer. Je propose de revenir dans la journée, elle m’invite à déjeuner comme si nous nous connaissions depuis toujours. Le midi, nous voilà parties toutes deux à l’assaut de ce fameux toit. Elle m’encourage à monter un premier escalier, tout en me précisant qu’il y a « 25 marches par escalier » et qu’il n’y a pas qu’un ! Au mur, des portraits de chats… « Notre galerie des ancêtres » m’explique-t-elle dans un grand éclat de rire. En haut de l’escalier, elle s’arrête et ses yeux plongent dans les yeux jaunes d’une chatte grise. « La patronne ! » commente-t-elle sans autre précision. J’en conclus que cette chatte a particulièrement compté pour elle. Nous continuons la visite, étage par étage, une visite qu’elle ne cesse d’agrémenter d’anecdotes, de petites et grandes histoires, le tout ponctué d’éclats de rire aussi savoureux que communicatifs. Et nous arrivons aux portes du toit… Quelques marches encore, des marches en pierre à peine assez larges pour accueillir des pieds, qui donne sur une toute petite lucarne d’où l’on ne peut s’extraire qu’en se glissant. Et là, c’est le choc. Une vue panoramique à couper le souffle. Nous sommes à plus de 15m de hauteur. Le ciel est d’un bleu à faire pâlir le Pacifique. D’où l’on est, on a vu sur l’Hérault et surtout sur l’église heptagonale de la commune ainsi que sur les toits de ce village à la configuration si particulière. Mon guide vole de tuiles en tuiles. « Venez, venez, vous allez voir, c’est encore plus beau de là-haut ! » Je la suis, un brin hésitante, et m’accroche à la cheminée par peur de redescendre sur les fesses ce que je viens de monter quasiment à quatre pattes. La vue est imprenable, le sentiment d’être plus près du ciel que de la terre enivrant. Au retour, intarissable et toujours aussi passionnée, elle me fait visiter les combles et s’extasie comme si elle les redécouvrait… Dans l’une des pièces les anciennes, une seule chose, une malle recouverte de poussière… Mais cette histoire-là, je vous la raconterai un autre jour…

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