Tombées du ciel


Les étoiles s’amusaient comme des petites folles, toutes contentes d’avoir échappé à la surveillance de la lune et de gouter cette mer qu’elles ne voyaient d’habitude que d’en haut. Elles sautaient sur les vagues, disparaissant, apparaissant au gré de leurs jeux. La mer, d’abord surprise, s’amusait à les cueillir au creux de ses vagues puis à les faire sauter jusqu’à la plage. Elle se sentait belle de ces petits astres célestes devenues soudain terrestres. Mais le soleil s’agaça de cette complicité naissante et solidaire de la lune, son alter ego céleste, il se cacha derrière les nuages. Les étoiles cessèrent de briller et la mer s’en désintéressa. Les étoiles étaient là, mais plus personne ne les voyait, ne s’intéressaient à elles. L’une d’elle se mit à pleurer.
– Je veux retourner parmi les miens. Ici, personne ne m’aime.
Seul le silence répondit à sa plainte. Elle redoubla de larmes et de tristesse.
Et soudain, une petite voix se fit entendre. Une étoile de mer, par la tristesse de sa sœur du ciel alertée, avait pris le temps de s’intéresser à elle.
– Ne pleure pas, petite étoile, cela ne changera rien. Tu as voulu changer de monde sans en apprécier toutes les difficultés, toutes les conséquences. Maintenant, il te faut assumer.
– Mais je voulais juste jouer !
– Tu as le cœur pur des rêveuse, mon amie, mais la réalité est souvent tout autre que l’idéal qu’on s’en fait.
– Comment je peux faire ? Dis-moi…
– En découvrant la folie des vagues, tu ne pourras plus jamais te contenter de ton ancien monde. Et en même temps, tu ne seras jamais complètement de celui-ci.
L’étoile s’agaça.
– Mais alors, que faire ?
– Accepter ta nouvelle condition. Tu ne peux pas revenir en arrière. Tu restes une étoile, mais tu es dorénavant de la terre et du ciel.
– Je suis condamnée à rester entre deux mondes ?
– Mais non, petite fille, tu n’es pas entre deux mondes. Tu es partie intégrante de ces deux mondes. Aurais-tu oublié la balance ? Aurais-tu oublié comment faire la part des choses, des événements que l’on vit, des personnes que l’on rencontre ? La lune et le soleil l’ont compris depuis longtemps. Ils brillent chacun à leur façon et cohabitent en bonne intelligence et surtout en harmonie, chacun apportant à l’autre ce qu’il n’a pas. C’est ce que tu es en train d’expérimenter. Que tu sois tombée du ciel est une véritable bénédiction pour les étoiles qui, comme moi, n’ont jamais tutoyé le cosmos. Ça l’est aussi pour les étoiles qui, bien à l’abri dans l’immensité de la voûte céleste, ne surferont jamais sur les vagues du plaisir. Tu as la chance de côtoyer deux mondes qui, habituellement, ne communiquent pas entre eux. Profites-en. Crée ton espace à toi, celui qui laissera une place à chacun d’entre eux sans empiéter ni desservir l’un ou l’autre.
– Tu m’aideras ?
– Tu n’as besoin de personne pour réussir petite étoile, tu as la force suffisante en toi, mais oui, je t’accompagnerai sur ce chemin parce que moi aussi, j’aimerais tutoyer la lune…

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