Ecrivaine et muse, Josette Clotis a marqué son temps

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Pourquoi écrire à la main?

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Les mots, lorsqu’ils sont écrits, résistent à tout. Au temps. A l’oubli. Même quand nous partons de cette terre. Même quand on croit qu’il ne restera rien de nous. Ils prolongent les souvenirs dans le cœur de ceux que nous avons aimés, jusqu’à ce que ces derniers disparaissent à leur tour. Il suffit de quelques mots griffonnés ou soigneusement écrits à la main sur un papier ou une lettre pour redonner vie aux disparus.

Témoin, cette carte postale trouvée sur un vide-grenier.

Au recto, un soldat, a priori de la Grande Guerre, qui embrasse la main de sa belle et cette phrase : « Je reviendrai chercher mon cœur ».

Au verso, un texte écrit en tout petit qui a pris possession du moindre petit espace et un carré d’identification : 142e régiment d’infanterie 2e compagnie, 1er bataillon, Lodève Hérault. Il y a aussi un nom que je tairai par respect pour celui qui a écrit cette carte. La disparition d’un être ne justifie pas toutes les intrusions…

Quelques mois ou quelques années plus tard — impossible de dater précisément cette carte — le 142e régiment quittera Lodève pour la guerre.

Mais revenons à notre carte.

A en croire les morceaux de papier qui transforment la lettre en texte à trous, elle était collée sur un support.

Du texte justement, on n’arrive plus à déchiffrer que des bribes…« Je ne sais (…) », « Mais je crois (…), « Tellement à toi (…)»…

Les mots, même isolés, gardent leur part d’émotion

Aucune phrase n’est complète et pourtant on comprend, on entend ce que cet homme ressent à ce moment-là. Car il reste des mots lisibles, des mots qui, curieusement et peut-être parce qu’ils touchent à l’essentiel, ont échappé à la colle.

Ils disent l’horreur de la séparation : « Les neuf jours à côté de toi (…) mais ici les minutes sont (…) Des mois et des mois (…) que je n’en finirai jamais.» Ils racontent aussi l’amour d’un soldat pour sa dulcinée : « Je t’aimerai toute ma vie. »

Je reste fascinée par la force des lettres qui traversent le temps. Même endommagées, même incomplètes, elles conservent une part de la personne qui les a écrites.

Correspondance initiatique Correspondance initiatique – L’AccompagnaCœur n’a pas d’autre ambition : mettre en mots ce qui, sans l’écriture, pourrait disparaître avec nous. Laisser une trace derrière soi, bien sûr. Mais peut-être d’abord retrouver une trace de soi. De ce que nous avons aimé, traversé, compris. De ce que nous avons été dans ce que nous avons de plus intime et de plus secret.

Christine Allix

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