Josette et le chemin de lumière
8 juin 2022

Il regarde ce livre sans oser le toucher. Le livre, « son » livre est là, bien là, devant lui, avec la photo de sa femme en couverture comme il l’avait souhaité, comme il l’avait rêvé sans trop y croire. Trois ans de vie suspendue. Trois longues années passées au chevet de sa bien-aimée partie en « voyage » après une rupture d’anévrisme dévastatrice. Trois longues années à lui parler chaque jour, à espérer du moindre clignement de paupière, du moindre mouvement corporel. Trois longues années à prier, à implorer Dieu de mettre fin à ce cauchemar. Un comble pour ce cartésien qui contrairement à sa femme préférait s’en remettre aux vérités de la science plutôt qu’à la puissance du monde invisible. Pour lui aussi, le temps s’est arrêté. Il s’est mis à respirer au rythme de sa dulcinée, à vivre en pointillé. Seulement tendu vers le moment où il pourrait la retrouver sur son lit d’hôpital, déchiré chaque soir de devoir la quitter pour retrouver son appartement désespérément vide. Leur vie à tous les deux ne tenait plus qu’à un fil, à un souffle qu’inlassablement, il venait écouter. Alors, il s’est mis à écrire, à lui écrire. Chaque jour. Sur des cahiers d’écoliers qu’il a remplis de cris d’amour passionnés, d’hurlements de désespoir, d’appels au secours, de prières presque fiévreuses, de sanglots retenus. De ces cahiers sont nés un livre, « son » livre, « leur » livre. Comme une présence dans l’absence. Quoi que décide le destin, il restera ce livre, témoignage poignant d’un amour merveilleux, extraordinaire, ineffable que l’auteur a pourtant réussi à faire passer à travers les mots. Magie de l’écriture salvatrice pour qui ose se lancer. 

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