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Josette et le chemin de lumière

Ce dimanche matin, je me prépare à quitter la terrasse de la brasserie où je viens de siroter un petit café tout en assistant au spectacle magnifique du lever de soleil.

Soudain, j’aperçois une silhouette familière au loin. Une silhouette un peu fragile de vieille dame que j’ai d’abord reconnue à sa démarche lente et hésitante. J’en suis certaine, il s’agit de Josette, une amoureuse folle de la mer qui, dès les beaux jours de retour, vient spécialement en bus de Perpignan pour se baigner. Je décide de la rejoindre.

Au fur à mesure que je me rapproche d’elle, je vois son visage s’éclairer d’un beau sourire. Elle aussi m’a reconnue. Nous nous saluons comme de vieilles amies heureuses de se retrouver, mais avec la réserve de celles qui n’ont pas eu l’occasion ou pas pris le temps de développer une relation plus intime.

Ce que nous partageons toutes les deux vaut pourtant toutes les amitiés du monde : l’amour de la nature, la capacité à vivre le moment présent un instant d’éternité,  la propension à voir et à apprécier la beauté du monde.

Il est sur terre une fleur…

C’est elle qui, un matin d’août 2019, m’a fait découvrir ce fameux chemin de lumière où elle aime par-dessus tout plonger. Depuis, à chaque fois que je me retrouve face à la mer, je pense à elle et à ce fameux chemin… Je la vois arrivant à petits pas, posant son sac sur la plage, faisant quelques brasses avant d’aller se changer sous le auvent du poste de secours et de repartir pour attraper le bus qui la ramènera dans son appartement.

Plusieurs fois ces derniers temps, je me suis demandé si elle était toujours là, si je la reverrai… La vie a répondu à mes interrogations de la plus jolie des façons.

Ce jour-là, la mer est agitée et surtout les courants sont puissants. A grand regret, Josette décide de ne pas prendre de risques. « Vous savez, à mon âge, je ne suis plus très solide sur mes jambes ! », me glisse-t-elle dans un sourire.

Alors, nous discutons. De tout et de rien. Des gens qu’elle ne voit plus car anéantis par le covid. De la mer qu’elle côtoie depuis sa plus tendre enfance. D’un voisin à qui elle écrit des bribes de poèmes de Rimbaud pour lui redonner le moral. La voilà d’ailleurs à me déclamer d’une voix douce et enveloppante les derniers vers qu’elle lui destine…

« Il est sur terre une fleur

Que nul souffle ne peut ternir

Cette fleur n’est point éphémère

On l’appelle le souvenir »

L’heure est venue de nous quitter. Nous nous promettons de nous revoir le dimanche suivant. Peut-être la mer sera-t-elle plus calme et pourrons-nous nager ensemble…

La vie est ainsi faite, de rencontres, de moments hors du temps, de plaisirs partagés. Il suffit juste d’oser. Adresser la parole à une inconnue, offrir un sourire au premier passant qui passe, laisser le temps au temps… 

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