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25 août 2020Quoi de plus naturel pour des écrivaines que de visiter un moulin à papier ? Nous voilà donc parties à Ambert, dans le Puy-de-Dôme, où se trouve le moulin Richard de Bas, le dernier moulin en activité en Auvergne. Si les Chinois inventent le papier vers 105 après J-.C., il n’apparait en Europe qu’au XIIe siècle et en France au XIVe siècle. C’est à partir de 1450 que les trois vallées papetières ambertoises et leurs 300 moulins commencent à produire du papier feuille à feuille à la main à partir de chiffons de récupération. Un papier d’exception sur lequel seront écrits l’exemple unique du texte de la Ve Constitution de 1958 ou bien encore l’Encyclopédie unique de Diderot et d’Alembert au XVIIIe siècle.
Une ode au papier
Ce jour-là, il fait une chaleur étouffante. Le Covid-19 étant passé par là, le nombre de visiteurs est limité à 11 par visite. « Et encore, au départ, on n’avait droit qu’à trois personnes par visite, confie l’agent d’accueil, un brin découragée. Heureusement, ça a un peu évolué sinon on n’aurait pas pu continuer à ouvrir ! »
En 1941, Marius Peraudeau rachète le moulin, laissé à l’abandon quelques années après la mort du dernier papetier propriétaire en 1937. Il le restaure, le remet en activité avant de le transformer partie en musée.
Les premières salles du musée sont dédiées aux différents propriétaires papetiers du moulin ainsi qu’aux différents supports d’écriture utilisés avant l’invention du papier. Les détracteurs des guêpes apprendront ainsi qu’elles sont considérées comme les premières fabricantes de papier. Parce qu’en broyant les fibres végétales avec leurs mandibules et en les mélangeant avec leur salive, elles fabriquent une pâte dont les Chinois se sont vraisemblablement inspirée pour fabriquer leur fameux papier.
Fabrication feuille à feuille à la main
Les salles sont petites, mais respect des normes sanitaires obligent, personne ne s’y attarde vraiment. Le plus intéressant reste à découvrir au rez-de-chaussée du moulin où se déroulent les différentes étapes de la fabrication des feuilles de papier. On commence par découper les chiffons avec un dérompoir (une lame de faux plantée dans une pierre). Puis on les broie avec des maillets dans la cuve à granit qui constitue la partie basse de la pile à maillets. Vingt-quatre heures durant, les chiffons vont subir un défibrage. On transfère ensuite la pâte ainsi obtenue dans une autre pile à maillets pour un raffinage de douze heures. A l’issue de l’opération, on rajoute la colle , transformant le buvard en papier utilisable pour l’écriture.
Un papier qui se mérite
Après 36 heures passées dans les piles à maillets, la pâte rejoint une cuve remplie d’eau. C’est là que le papetier entre en action. Il plonge dans la cuve son tamis de fils métallique sur bâti de bois (la « forme ») recouvert d’un encadrement destiné à délimiter le format (la « couverte »). Il la remonte, égalise la couche de pâte à papier. Puis il enlève la couverte et laisse l’eau s’écouler au travers du tamis. Une feuille de papier est née. Le papetier dispose alors un feutre de papier sur la feuille précédente avant d’y déposer la feuille fraîchement produite. Lorsqu’il a ainsi couché 100 feuilles, il tire la porce ainsi obtenue sous la presse.
Force conjuguée des bras et d’un cabestan
Puis, à la force conjuguée des bras et d’un cabestan, on extrait l’eau des feuilles et des feutres qui sont ensuite séparés. On monte les feuilles aux étendoirs et on accroche sur des cordes comme du linge. Elles restent entreposées à plat pendant plusieurs semaines. Puis elles subissent un laminage (sorte de repassage à froid entre deux rouleaux métalliques. Avant d’être triées et ébarbées pour enlever les bavures sur les bords. L’été, des bouquetières fabriquent du papier incrusté de compositions florales. Elles disposent un par un les pétales de fleurs sur la feuille de papier avant de la presser.
A une époque où les nouvelles technologies prennent toute la place, il est important de perpétuer des techniques, des gestes, des savoir-faire ancestraux qui disent toute l’ingéniosité et toute la créativité de l’espèce humaine.


