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Au moulin Richard de Bas, le papier règne en maître

Quoi de plus naturel pour des écrivaines que de visiter un moulin à papier ? Nous voilà donc parties à Ambert, dans le Puy-de-Dôme, où se trouve le moulin Richard de Bas, le dernier moulin en activité en Auvergne. Il faut savoir que si le papier a été inventé par les Chinois vers 105 après J-.C., il n’est apparu en Europe qu’au XIIe siècle et en France au XIVe siècle. C’est à partir de 1450 que les trois vallées papetières ambertoises et leurs 300 moulins commencent à produire du papier feuille à feuille à la main à partir de chiffons de récupération. Un papier d’exception sur lequel seront écrits l’exemple unique du texte de la Ve Constitution de 1958 ou bien encore l’Encyclopédie unique de Diderot et d’Alembert au XVIIIe siècle.

Ce jour-là, il fait une chaleur étouffante. Le Covid-19 étant passé par là, le nombre de visiteurs est limité à 11 par visite. « Et encore, au départ, on n’avait droit qu’à trois personnes par visite, confie l’agent d’accueil, un brin découragée. Heureusement, ça a un peu évolué sinon on n’aurait pas pu continuer à ouvrir ! »

Le moulin, laissé à l’abandon quelques années après la mort du dernier papetier propriétaire en 1937, a été racheté par Marius Peraudeau en 1941, lequel l’a restauré, remis en activité et en partie transformé en musée.

Les premières salles du musée sont dédiées aux différents propriétaires papetiers du moulin ainsi qu’aux différents supports d’écriture utilisés avant l’invention du papier. Les détracteurs des guêpes apprendront ainsi qu’elles sont considérées comme les premières fabricantes de papier, les fibres végétales qu’elles broient avec leurs mandibules avant de les mélanger avec leur salive donnant cette fameuse pâte dont les Chinois se sont vraisemblablement inspirée pour fabriquer leur fameux papier.

Fabrication feuille à feuille à la main

Les salles sont petites, mais respect des normes sanitaires obligent, personne ne s’y attarde vraiment. Le plus intéressant reste à découvrir au rez-de-chaussée du moulin où se déroulent les différentes étapes de la fabrication des feuilles de papier. Les chiffons sont d’abord découpés avec un dérompoir (une lame de faux plantée dans une pierre) puis broyés par des maillets dans la cuve à granit qui constitue la partie basse de la pile à maillets. Vingt-quatre heures durant, les chiffons vont subir un défibrage, se transformant en pâte qui va alors être transférée dans une autre pile à maillets pour un raffinage qui va durer douze heures. C’est à ce moment-là que la colle est rajoutée, transformant le buvard en papier utilisable pour l’écriture.

Après 36 heures passées dans les piles à maillets, la pâte rejoint une cuve remplie d’eau. C’est là que le papetier entre en action. Il plonge dans la cuve son tamis de fils métallique sur bâti de bois (la « forme ») recouvert d’un encadrement destiné à délimiter le format (la « couverte »). Il la remonte, égalise la couche de pâte à papier, enlève la couverte et laisse l’eau s’écouler au travers du tamis. Une feuille de papier est née. Le papetier dispose alors un feutre de papier sur la feuille précédente avant d’y déposer la feuille fraîchement produite. Lorsqu’il a ainsi couché 100 feuilles, il tire la porce ainsi obtenue sous la presse où, à la force de 40 tonnes de pression à la force conjuguée des bras et d’un cabestan, l’eau est extraite des feuilles et des feutres qui sont ensuite séparés, les feuilles étant ensuite montées aux étendoirs pour être séchées sur des cordes comme du linge. Elles seront ensuite entreposées à plat pendant plusieurs semaines avant de subir un laminage (sorte de repassage à froid entre deux rouleaux métalliques), un triage et un ébarbage destiné à enlever les bavures sur les bords. L’été, le moulin fabrique du papier incrusté de compositions florales réalisées par des bouquetières qui disposent un par un les pétales de de fleurs sur la feuille de papier avant qu’elle ne soit pressée.

A une époque où les nouvelles technologies prennent toute la place, il est important de perpétuer des techniques, des gestes, des savoir-faire ancestraux  qui disent toute l’ingéniosité et toute la créativité de l’espèce humaine. 

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