A la fin du mois, j’arrache tous mes pêchers!
4 août 2020
Max, l’ami en partance
7 août 2020

Ouahiba Souci, la liberté au bout du crayon


Elle regarde la feuille un instant, puis son regard se perd dans cet infini possible qu’elle propose. Et soudain, le crayon s’anime. Quelques traits dont on ne sait pas encore ce qu’ils veulent dire et bientôt le contour d’un œil, sa pupille, ses cils, une expression… Ouahiba Souci dessine depuis qu’elle est toute petite. « Ceux qui m’ont connue enfant disent qu’ils m’ont toujours vu avec un crayon à la main, confie cette presque cinquantenaire. Mais je me suis vraiment découverte un don pour le dessin à l’âge de 13 ans. »

A l’époque, il n’est pas très bien vu dans sa famille qu’une femme se lance ainsi dans l’art, mais Ouahiba bénéficie d’un soutien de taille, son père Mohamed qui lui voue une véritable adoration. « Papa était musicien. Il avait commencé par la trompette orientale et avait fini par savoir jouer de tous les instruments. Passionné d’art, il n’a jamais cessé de m’encourager et de me féliciter. » Forte de cet amour inconditionnel, la jeune fille persévère. Elle dessine des portraits de stars qu’elle échange au collège contre des tickets de chocolatine. Un mariage qu’elle n’a pas choisi viendra briser son élan. « Mon mari ne supportait pas ma fibre créatrice. Il m’a coupée de cette partie de moi. » La séparation, des années plus tard, lui permettra de revenir à elle, à ce qu’elle est au plus profond.

Experte du regard…

« Toute la créativité que j’ai retenue toutes ces années, a explosé. Je ne pouvais plus m’arrêter de dessiner ! » Le crayon, le fusain, le pastel sec, le pastel gras, l’aquarelle, la peinture à l’huile… Elle s’essaie avec succès à toutes les techniques et commence à partager ses œuvres sur une page Facebook dédiée, la galerie d’Ambrine, « du nom de ma fille, ma muse ». Face à l’intérêt croissant des abonnés de sa page, elle les met en vente et là, c’est le succès. Aussi fulgurant qu’inattendu. Surtout pour les portraits. « J’attache beaucoup d’importance au regard, à l’émotion qu’il dégage, au message qu’il veut faire passer. »

Ouahiba travaille à partir de photos, mais pas n’importe lesquelles, celles qui expriment quelque chose car curieusement (ou pas d’ailleurs !), 80% des commandes concernent des personnes disparues. « Je n’ai pas vraiment d’explication à cela si ce n’est ce que j’arrive à faire passer dans le regard. Quand les clients viennent chercher leur tableau, ce sont des larmes à chaque fois, comme s’ils retrouvaient leur proche. Un cadeau pour moi. » Quand elle travaille sur un portrait, Ouahiba entre en connexion avec celle ou celui qu’elle dessine. « J’ai l’impression qu’elle ou qu’il est là près de moi, avec moi, comme s’il guidait la pointe de mon crayon ou le bout de mon pinceau. »

La liberté sinon rien

Ouahiba ne peint pas que des portraits, c’est une artiste au sens large du terme, hétéroclite et aux multiples facettes, à l’image de sa vie. Une vie dont elle dira peu de choses sinon qu’elle a connu la précarité extrême, ce qui lui vaut aujourd’hui un engagement sans failles auprès des personnes qui vivent dans la rue. « Personne n’est à l’abri d’accidents de la vie, on peut tous se retrouver dans cette situation un jour… »

Et puis, il y a cette liberté qu’elle a gagnée à la force du crayon et qu’elle revendique haut et fort. Pour elle, une femme ne devrait pas avoir à justifier ses faits et gestes, à se cacher sous des vêtements, à demander la permission de vivre. Alors, elle peint, elle dessine. A cœur ouvert, à cœur perdu. Des regards plein d’émotions, des corps libérés de toutes chaines, des paysages pleins de couleurs. Sa réalisation préférée reste une aquarelle de sa nièce Imany « parce que c’est celui qui dégage le plus d’émotion » et peut-être aussi un autoportrait à l’encre de Chine dont tout le monde dit, y compris elle, qu’il représente son père…

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.