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Ce jour-là, quand j’arrive dans ce petit bar-restaurant de campagne, un croisé griffon vient doucement m’accueillir avant de me suivre jusqu’à la table où je m’installe en terrasse et de se poser à mes pieds. Et là, il me regarde d’un regard profond, sagement assis, la tête légèrement penchée.

Quand elle vient prendre ma commande, la patronne n’en revient pas. « Je l’ai vu aller à votre rencontre, il ne fait jamais ça, c’est incroyable ! » Max, c’est son nom, va fêter ses dix-sept ans dans quelques jours. Sa maitresse a très peur qu’il ne tienne pas jusque-là. « Il est très malade, il souffre de partout, je suis vraiment inquiète. »

Au fil de la conversation, elle me parle de ce qu’elle appelle « ses hallucinations matinales ».  Elle évoque le sujet presqu’à voix basse, avec beaucoup de réserve, comme si elle avait peur d’être moquée ou prise pour une illuminée. « Chaque matin, il se met à aboyer comme s’il voyait plein de chiens autour de lui… On dit que c’est pour les chiens comme pour les humains, que lorsque l’heure de partir est venue pour eux, des chiens déjà partis viennent les accueillir. Vous y croyez, vous ? »

Je réponds par l’affirmative, elle continue. « Dans ces moments-là, je le prends dans mes bras pour le rassurer, je fais le tour du parking avec lui, je lui montre qu’il n’y a personne et il finit par se calmer. Je ne sais vraiment pas combien de temps il vivra encore. C’est terrible de savoir que bientôt, il ne sera plus là. »

Tout le temps que je serai à cette table, Max restera près de moi, attendant que tombe de mes mains une bouchée d’un petit quelque chose qui ne viendra pas. « Surtout, ne lui donnez rien à manger, il ne digère rien ! » Je le quitte d’une caresse et je retourne à ma vie. Mais j’ai beau faire, Max ne quitte pas mes pensées. Ce chien m’a émue. L’amour de sa maitresse aussi. Je me demande s’il a tenu bon. J’ai envie de garder un souvenir de lui.

Alors, ce lundi, je retourne le voir. Max est là. Bien vivant encore. Et comme la première fois, il vient m’accueillir et me suit jusque dans le restaurant où je me réfugie pour fuir la tramontane déchaînée. Il a toujours ce regard pénétrant qui touche votre âme. Je fais quelques photos, il ne bouge pas d’un pouce et semble même prendre la pose. Quand je parle à sa maitresse de mon projet d’écrire un article illustré sur lui, elle me met en garde. « Il n’aime pas du tout les photos, il déteste ça même ! » A la vue des quelques clichés que je viens de réaliser, elle s’émeut. « C’est tout lui, ces photos ! »

A quelques jours de fermer son restaurant, « parce que de toute façon, je perds de l’argent et qu’il faut espérer des jours meilleurs !, elle ne pense plus qu’à une chose : s’occuper de son vieux compagnon et adoucir sa fin de vie du mieux possible.

Pour ma part, je garderai de Max ce regard plein d’amour qui m’a rappelé que Lola, ma petite chienne d’amour, vieillit elle aussi et qu’il me faut profiter de chaque instant avec elle. »

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