Et là-haut, tout là-haut, sous la neige, une chapelle…

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Et là-haut, tout là-haut, sous la neige, une chapelle…

Cette nuit-là, la neige est annoncée partout. Conséquence d’une tempête historique qui plonge l’Espagne dans le chaos. Mais la nature fait bien ce qu’elle veut. Et ce matin-là, elle a décidé de s’arrêter à quelques kilomètres de là. Pas question de la savoir si près et de ne pas aller la saluer !

Le temps d’embarquer ma fidèle complice Lola et nous voilà parties sous la pluie en direction de Prades où la neige tombe depuis la veille. Au fil des kilomètres, les gouttes se transforment en flocons.

Dans la voiture, la radio égrène les paroles de Tina Arena « Aller plus haut ». J’avais oublié combien elles me parlaient… « J’ai tant caché mes différences, sous des airs ou des faux-semblants, j’ai cru que d’autres pas de danse me cacheraient aux yeux des gens, je n’ai jamais suivi vos routes, j’ai suivi mon chemin… »

A l’extérieur, les champs se couvrent d’un manteau blanc. En embuscade sur une route désaffectée, un chasse-neige se tient prêt à intervenir. Au fil des kilomètres, la tempête s’intensifie. Je roule doucement, bercée par la chanson de Tina Arena. « Pour aller plus haut, aller plus haut, où l’on oublie ses souvenirs, aller plus haut, aller plus haut, se rapprocher de l’avenir »…

Une chapelle nous appelle…

La tempête s’intensifie. La prudence impose de s’arrêter sur un parking à proximité du lac de Vinça. A peine sortie de la voiture, Lola se rue sur le chemin à peine visible. Comme à son habitude, elle s’arrête de temps à autre pour vérifier que je la suis puis une fois rassurée, reprend son exploration. Quelqu’un est passé avant nous et a construit un bonhomme de neige. Bientôt, le chemin disparait complètement sous un amas de neige. Nous rebroussons chemin et prenons la direction du lac.

Soudain, une pancarte en partie saupoudrée de blanc arrête mon regard. « Chapelle XIIe  s. Sant Père de Belloc ». Je repense à la chanson entendue un peu plus tôt, « Pour aller plus haut, plus haut, et dessiner des souvenirs »… L’occasion est trop belle.

Malgré l’avertissement de chutes de pierres, nous nous lançons, Lola comme toujours en éclaireur. Plutôt que de suivre la petite route goudronnée, nous coupons à travers la montagne où un escalier sommaire fait de pierres inégales a été aménagé. A travers les branches alourdies de neige, la chapelle m’appelle. La montée est rude, le chemin rendu glissant par le gel de la nuit. Et puis soudain, la chapelle est là. Imposante. Avec ses murs solides, son clocher sans cloche. Le temps ne semble avoir eu aucune prise sur elle.

Des siècles nous contemplent…

La porte verrouillée à double tour empêche toute incursion à l’intérieur, mais qu’importe. Elle est là, je suis là. Je ramasse un peu de neige fraiche qu’assise sur une des marches qui mènent à l’entrée, je déguste comme l’on savourerait bon petit déjeuner au coin de la cheminée. En face de moi, peut-être aussi vieux que la chapelle, un olivier veille. Quoi de plus ressourçant que de déguster un bol de neige fraîche, protégée par un bâtiment vieux de plus de huit siècles face au gardien de la sagesse ? L’instant est éternité. Plus de peurs, plus de tumulte, plus de cacophonie politico-médico-médiatique. Juste le silence. Moi avec moi. Connectée à ce monde de l’invisible qui m’est si familier.

En bas, dans la vallée, tout n’est plus que blancheur. Cette nouvelle année aura au moins le mérite de commencer  sous la couleur de la paix, de la sagesse et du Divin. Le temps de saluer l’endroit et nous voilà dans la descente. Les chaussures crissent sur la neige. Les flocons en tombant installent le silence. Tout est si feutré, si paisible. Au pied de la colline, un couple rechigne à s’engager sur le chemin de la chapelle. Trop glissant, trop risqué. Le lac se fond dans le paysage. Impossible de discerner ses bords. Les fleurs de mimosa se sont tendues vers le sol pour résister au poids de la neige. Le chasse-neige a déblayé la route. Il est temps de repartir. Lola court dans tous les sens, laissant des traces de pattes partout où elle passe. Je songe une dernière fois aux paroles de la chanson qui m’a guidée tout au long de cette matinée. « J’ai perdu tant de fois la trace des rêves pour lesquels je vivais ; je n’ai pas su te dire je t’aime, seulement te garder ; il faut aussi dire ses doutes et les poser dans d’autres mains »…

Dans ce monde chaotique où la vérité du moment balaye celle de la veille, la nature reste un refuge incomparable. Et elle a tant de choses à nous dire et à nous faire comprendre… 

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