Il est grand Max

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Il est grand Max

Pour respecter son désir d’anonymat, j’appellerai mon héros du jour Max. Avec ses cheveux blancs qui voleraient au vent s’ils n’étaient retenus par un bandeau coloré ou réunis en queue de cheval, Max fait immédiatement penser à la chanson d’Hervé Cristiani, « Il est libre Max ». Plus que libre, Max est surtout grand. Et vous allez comprendre pourquoi à la lecture de son histoire…

Avec sa carrure de rugbyman, ses mains de lutteur et sa voix de stentor, Max ne laisse personne indifférent au centre de rééducation. Parce qu’à l’observer de plus près, on comprend vite qu’il a dû composer avec de graves accidents de la vie. La faute à la polio qui lui a causé une hémiplégie partielle à l’âge de 16 mois. Cette nuit-là, onze personnes, dont sa sœur de six ans, sont victimes du virus. Max et sa sœur vont alors vivre 18 mois dans une cage de verre, leur famille ne pouvant les voir et leur parler qu’à travers une vitre.

Chirurgien éclairé

De retour chez lui, Max ne connaitra qu’un court répit. Une appendicite qui vire à la péritonite le renvoie à l’hôpital. Un mal pour un bien parce qu’un chirurgien décide alors de soigner sa jambe « morte ». Seulement, le petit Max ne veut pas se faire opérer. Le chirurgien lui offre alors un Mickey mouse en peluche dont les membres sont articulés par des fils de fer. Un jour, de retour dans sa chambre, l’enfant trouve sa peluche amputée d’une jambe. Quand le chirurgien lui annonce qu’il va devoir l’opérer, Max accepte de se faire opérer en même temps. Il restera hospitalisée jusqu’à l’âge de 13 ans. « Privé de scolarité normale, je ne savais ni lire, ni écrire, ni compter. J’étais un cancre. » Il intègre alors l’école spécialisée de Garches et rattrape en trois ans ses neuf années de retard. Un conseiller d’orientation l’oriente alors vers un BTS… d’orthopédie. « Je suis allé au bout, mais il n’y avait aucun débouché. » Max devient alors animateur socio-éducatif et monte l’espace culturel de la ville qui l’emploie. « J’ai eu le choix de poursuivre dans le milieu du spectacle ou de m’orienter vers le sport. » 

Canoé, spéléologie, moyenne montagne…

Comme le bureau n’est pas vraiment sa tasse de thé, Max passe ses diplômes d’animateur canoé, spéléologie et randonnée moyenne montagne. Il doit alors faire face à la méfiance et aux préjugés. « Je me rappelle d’une famille qui, voyant que j’étais handicapé, a refusé de participer au stage et a demandé le remboursement de son séjour. » Les préjugés, il les subit aussi des examinateurs dont certains ne conçoivent pas qu’un handicapé puisse encadrer des groupes comme toute autre personne. Mais Max est un dur à cuire. Il s’accroche. « J’ai toujours voulu prouver que je pouvais faire plus que les autres. Aux autres et à moi ! » Au fil des années, il se spécialise dans la pose des spits, ces systèmes d’ancrage qui permettent de descendre ou de monter en rappel. Il exercera pendant quatre ans jusqu’à la catastrophe de la Pierre Saint-Martin qui coûtera la vie à plusieurs adolescents. « Quand vous êtes le premier à descendre et que vous voyez ces corps écrasés… » A la seule évocation de ce souvenir, les yeux de Max se remplissent de larmes. « On n’oublie jamais un truc pareil. Quand je suis remonté, j’ai dit à mon chef : plus jamais ! »

Plongeur pour l’Ifremer

Une rencontre fortuite le conduit à l’Ifremer pour qui il installe des installations de comptage de poissons un peu partout dans les mers du monde. « Je me suis vraiment éclaté. La plongée, j’en avais toujours fait, mais là, c’était dans des conditions exceptionnelles. Avec du matériel sophistiqué, des scientifiques intéressants, humbles et gentils qui m’ont appris plein de choses. » L’heure de la retraite sonne alors. Mais Max n’en a pas fini avec les défis. Il convainc sa compagne de vendre maison et voitures pour acheter un camping-car et partir à l’aventure. Pendant dix ans, ils parcourent l’Europe. « C’est quelque chose d’insensé et de merveilleux ce que on a vécu. Vous imaginez, dix ans à deux dans 8m2 ? »

Humilité et attention aux autres

Aujourd’hui, Max aspire à la tranquillité. Lui et son épouse ont décidé de se poser dans une maison. Et de vivre entourés des amis qu’ils ne manquent jamais de se faire tant ils sont sociables et tournés vers l’autre. « Vous savez, quand j’étais jeune, j’étais impétueux, très en colère et parfois même agressif. Je trouvais injuste ce qui m’était arrivé, mais surtout la façon dont on me regardait, dont on me traitait. La plongée m’a apaisé. Sous l’eau, dans un environnement étranger, vous ne pouvez compter que sur votre coéquipier. » Avec l’âge, Max s’est apaisé. Et il reste fidèle à une philosophie de vie axée sur l’humilité, l’attention et le service aux autres sans rien attendre en retour. Alors maintenant, j’en suis certaine, vous comprenez pourquoi je le trouve grand Max même si lui, bien sûr, ne se verra pas comme ça. Des histoires comme la sienne peuvent, doivent nous aider à changer notre regard sur le handicap.

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