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« Le livre

Le café encapsulé fait un bruit d’enfer, loin de celui, doux et régulier, des cafetières traditionnelles qui sonnent le réveil sans vous agresser. Il forme pourtant dans la tasse la même petite écume crémeuse sur laquelle se dessinent parfois des personnages. Dehors, il fait nuit noire. Pas un rayon de lune, pas une étoile, juste les lumières de la ville. L’alarme du port retentit. Les bateaux de pêche prennent le large. Si la pêche est aussi prolifique que la veille, ils ne rentreront que tard dans la soirée. Des pages noircies de notes sont éparpillées sur la table. Numérotées, elles sont sensées donner un ordre, une trame au livre qui se prépare. Ce livre n’en est qu’à l’ébauche. La personne qui les prononce n’a jamais envie de le faire. Pourtant, au fil des rencontres, il s’est pris au jeu des souvenirs. Il dit puis se retient, s’avance puis se replie. Dans ce méli-mélo de contradictions, la symphonie de cette vie racontée tarde à se mettre en place. Les mots n’arrivent pas à trouver d’accord. Ils se mélangent, se chevauchent, se répètent parfois, s’opposent. La symphonie n’est qu’aux prémices de sa création. Elle sera douce aux oreilles comme aux cœurs, mais il lui faut du temps pour trouver le bon tempo. Du temps et du calme. On ne compose pas une œuvre dans le bruit et la fureur. Parfois, le stress du temps qui court la rattrape. Alors, elle s’arrête net, comme suspendue à la tempête qui rugit. Puis le calme revenu, elle reprend sa lente composition. La symphonie des mots est quelque chose de si subtil, de si mystérieux qu’il ne sert à rien de vouloir précipiter les choses, de vouloir lui forcer la main. Elle fera bien ce qu’elle veut. Elle s’orchestrera au moment voulu. Comme d’habitude, elle se mettra en place à l’insu même de celle qui croit la composer. Seule compte l’écoute entre les mots confiés dans un souffle et celle qui les écrit. De cette écoute mutuelle, naitra le livre d’une vie chuchotée à la lueur d’une lumière douce. Un livre pas seulement témoin d’expériences multiples ou d’un cheminement particulier, mais aussi et surtout miroir d’une âme qui, durant son passage dans cette vie, a aimé, détesté, ri, pleuré, souffert, crié, chanté, dansé… L’alchimie d’une vie ne peut se résumer à des mots mis bout à bout. Elle ne se ressent et ne prend sa vraie valeur que dans la symphonie composée pour eux et avec eux. » Christine Allix.


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