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« Marie et Homère Une salle d’attente de praticien comme il en existe tant. Ave…

« Marie et Homère
Une salle d’attente de praticien comme il en existe tant. Avec ses numéros de « Voici » sur un guéridon, une vague peinture au mur, des chaises raides comme des bouts de bois dont la mission n’est visiblement pas d’adoucir les douleurs des patients. L’heure du rendez-vous est passée. Comme souvent. Il faut juste prendre son mal en patience, l’expression n’a d’ailleurs jamais eu autant son sens que ce jour-là. Soudain, un couple âgé entre dans la pièce. Les cheveux blancs tous les deux, elle s’appuyant sur une canne, lui l’accompagnant jusqu’à son siège. En me voyant, ils comprennent qu’eux non plus ne passeront pas à l’heure, mais ils semblent le prendre avec philosophie. Il prend le premier magazine sur la pile et apprend avec stupeur que Julie Gayet attend un enfant de François Hollande. Il murmure quelques mots à sa femme qui lui répond d’un air assez détaché tout en me regardant. Puis, voyant que je ne comprends pas le catalan, elle me répète ce qu’elle vient de dire, à savoir qu’ils sont bien libres de faire ce qu’ils veulent. Nous rions tous les trois, tout en philosophant sur le fait qu’avoir un enfant tardivement pour une femme, ce n’est pas pareil que pour un homme…
Savoir suivre la barque
La glace est brisée, si tant est qu’il y en ait eu une d’ailleurs. Ils racontent qu’ils vont fêter leurs soixante-dix ans de mariage en octobre. A la question de leur secret de longévité, ils sourient tous les deux. « Il faut savoir suivre la barque », murmure-t-elle. « Chacun doit y mettre du sien », complète-t-il. Ils se sont rencontrés à l’école. « Au départ, c’était un enfantillage. Et puis, la vie a fait qu’on s’est choisis. On n’a jamais regretté ! » Ce qu’ils regrettent en revanche, c’est l’évolution du monde. « Avant, tout le monde se connaissait, tout le monde se saluait, se souvient-elle. Petite, quand je partais de la maison, mon père me disait toujours : si tu ne dis pas bonjour à quelqu’un, je le saurai. Et il l’aurait su, les trois quarts du village faisaient partie de sa famille ! » Il renchérit. « Aujourd’hui, on ne connait même plus nos voisins. Quand on les croise, ils préfèrent baisser ou détourner la tête plutôt que de nous saluer. On le voit courir seuls, marcher seuls. »
Laisser ouverte la porte…
La vieille dame aux cheveux soigneusement coiffés enchaine. « Nous, avec notre métier d’agriculteurs, on en faisait tous les jours du sport et même quand on n’en avait pas envie ! » Les yeux plongés dans le passé, elle poursuit. « Il était beau notre village ! On s’y sentait bien, on aimait s’y promener. Maintenant, il a disparu. C’est devenu une ville où on ne se reconnait plus. Nos amis, tous ceux qu’on connaissait, disparaissent les uns après les autres. C’est ainsi, on ne peut rien y faire. » Le praticien interrompt cette conversation impromptue. Tout en m’extirpant péniblement de ma chaise toute raide, je me risque à une dernière question. « Je peux savoir vos prénoms ? » Etonnés et amusée, ils répondent, de concert évidemment : « Marie et Homère. » La Sainte et le poète… Belle alchimie que celle de ces deux âmes qui, à 92 et 93 ans, ont su préserver l’Amour et la joie de vivre. La vie est faite de douces surprises, de belles rencontres, de regards et de mots échangés. Il faut juste laisser ouverte la porte… » Christine Allix




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