Yvon Lescot, le jardinier-poète de Baixas

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Yvon Lescot, le jardinier-poète de Baixas

Yvon, le poète qui s'ignore...

Au fil d’une promenade, une rencontre, une belle rencontre avec Yvon, un viticulteur en retraite de Baixas. A 82 ans, l’homme n’a rien perdu de sa vitalité. Ni de sa verve. Portrait d’un poète qui s’ignore…

Des vignes à perte de vue, un soleil qui suit sa courbe ascendante, des ouvriers qui arrachent des ceps avant de les tronçonner et de les mettre dans une remorque. Il fait beau à Baixas en cette fin de février. Presque 20°. On se croirait en été.

Au détour d’un chemin, un petit terrain bordé de cactus et soudain, le bruit d’une bèche qui remue la terre asséchée par le manque de pluie. Entre deux rangées d’oliviers, un semis avec à un bout, une casquette et un manteau bleus posés à même le sol, et à l’autre bout, le propriétaire desdits vêtements.

Le crâne dégarni, une moustache et un petit bouc blancs, l’homme est habillé d’un pantalon de velours gris comme le pull qu’il a passé sur une chemise à carreaux. Il est tellement concentré sur son travail qu’il ne me voit pas approcher. Tant et si bien qu’au son de ma voix, il sursaute avant de me saluer d’un large sourire.

Mémoire vivante

Quand je lui demande ce qu’il cultive là, il me répond sans une once d’hésitation. « Des fèves ! De toute façon, il n’y a que ça qui peut pousser sur une terre aussi sèche. Les fèves et les petits pois ! »

Comme tout le monde, Yvon Lescot se dit surpris de la température du jour même si, à son âge, il en a vu d’autres ! « En 54, il y avait tellement de neige qu’on ne voyait pas la maison du voisin ! Les fils électriques touchaient le sol, des toits se sont effondrés. Des cerfs sont morts sous le poids de la neige. En 56, on a eu jusqu’à moins 15 tout le mois de février. Tous les oliviers sont morts, ils ont éclatés sous l’effet du gel. Dans les maisons, les pipis gelaient dans les pots de chambre ! Et en 59, alors que j’étais sous les drapeaux, ma mère m’avait écrit qu’il avait fait 28° ! En plein mois de février, vous vous rendez compte ? »

Choix de vie à 15 ans

Yvon a 82 ans. Il est né un jour de 1938, « pendant le plus beau mois qui soit, celui de Marie », en septembre. A Perpignan, au 6 de la rue d’Andorre, « parce qu’à l’époque, les femmes accouchaient dans la maison des parents et que ma grand-mère habitait Perpignan ». Son père est boulanger à Baixas, comme son père avant lui, avant de se reconvertir dans les vignes pour raisons de santé.

L’année de ses 15 ans, quand il perd son grand-père, Yvon doit faire un choix. Il s’essaie à la boulange, mais n’accroche pas. « La boulangerie avait été mise en gérance. Je n’ai pas supporté de voir la maison où j’ai passée toute mon enfance, occupée par des gens que je ne connaissais pas… »

Il décide de suivre la voie de son père et devient viticulteur. Il consacrera toute sa vie à ses vignes avant de prendre une retraite bien méritée.

La nature essentielle pour Yvon

Aujourd’hui, Yvon s’occupe du seul petit bout de terrain qu’il a gardé. « J’ai 45 pieds de vigne de raisin de table, explique-t-il avec fierté. Deux amandiers et des oliviers parce que j’ai toujours adoré ces arbres. Tout ça suffit à mon bonheur. Je n’aime ni jouer aux cartes, ni jouer aux boules, ni regarder la télé. Je ne me sens bien que dehors. Heureusement que j’ai ce petit coin de paradis ! »

Pour Yvon, le bonheur, c’est simple comme la vie. « Il faut savoir vivre au jour le jour, profiter de la nature, de l’entourage et des bonnes choses ! » Nous nous quittons en nous promettant de nous retrouver autour d’un café. « Ah non, me reprend-il de suite. Autour d’un petit muscat ! Et je vous raconterai le reste de ma vie ! »

De l’autre côté de la colline, le soleil se couche. Derrière nous, le mimosa étincelle de ses milliers de fleurs jaunes. « Quand vous pensez que le week-end dernier, il n’était pas fleuri », s’exclame mon jardinier-poète. Je repars toute heureuse de ce moment partagé. Il me hèle une dernière fois. « Vous avez bien fait de vous arrêter et moi, j’ai bien fait de venir ! » C’est si simple de nouer relation quand on n’a pas peur de l’autre… Ne perdons pas cette faculté, pandémie ou pas!

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